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Le jardin écologique et poétique de Gilles Clément

"Regarder pourrait bien être la plus juste façon de jardiner demain."

Article publié le 29 mars 2007

Le jardin écologique et poétique de Gilles Clément

Gilles Clément est un paysagiste, botaniste, entomologiste, jardinier, écrivain connu pour avoir renouvelé en profondeur l’art paysager dès les années 70.

Il est l’auteur entre autres des réalisations du jardin du château de Blois, du jardin de l’Hotel d’Evreux, du Parc André-Citroën, des jardins de l’Arche, des jardins du Musée des arts primitifs du Quai-Branly à Paris.

Sa philosophie du jardinage s’articule autour de trois concepts que sont le jardin planétaire, le jardin en mouvement et le tiers-paysage. Y sont rattachés trois types de comportement à adopter dans son jardin et en dehors pour s’essayer à un nouveau rapport à la nature et ses éléments.

1. Le Jardin Planétaire

Gilles Clément se positionne contre une certaine méthode de jardinage qui consiste à maîtriser l’espace du jardin pour en tirer profit. Le jardin est un espace découpé de la Terre, qui elle, fuit au-delà de ses limites. Le jardin est traversé d’êtres vivants (ou d’agents de la vie, comme les graines, le vent) avec leurs cycles et leurs destins, et de processus biologiques qui étendent leurs effets et leurs raisons d’être au-delà de l’espace clos du jardin privatif et des intérêts nutritionnels ou décoratifs de son propriétaire.

Aussi le tout premier jardin est le jardin planétaire de la vie. Les graines vont et viennent, emportées par le vent, les animaux mutent, se déplacent, les continents bougent, l’environnement est soumis à un nombre infini et parfois très rapide de variations qui se manifestent même dans l’aménagement de jardins privatifs.

Jardiner pour soi, jardiner écologiquement sera prendre en compte l’inclusion de son propre jardin dans un tout dynamique, instable et qui n’appartient à personne.

2. Le Jardin en Mouvement

Si mon petit carré de jardin sédentaire est en fait l’effet isolé d’une biomasse nomade infiniment plus grande et complexe, comment y jardiner ?

La plupart des méthodes de jardinages non écologiques selon Clément sont des méthodes qui n’arrivent pas à se représenter correctement l’aspect dynamique de tout jardin. Engrais, pesticides, contraintes esthétiques sont des actions qui visent à maîtriser, à arrêter le jardin comme on voudrait qu’il soit, tableau immobile.
Or il arrive que l’on trace une allée de buis dans son jardin qui le lendemain sera entravée par un buisson involontaire, fruit de la circulation des graines par le vent ou du transport des graines par les oiseaux.
Faut-il arracher ce buisson ou laisser l’allée de buis encombrée ?
Dans un jardin en mouvement le buisson a, au sein du "déterminisme du hasard" naturel, sa place toute indiquée au lieu où il se trouve au petit matin.

Le jardin en mouvement est la conséquence du jardin planétaire : on n’y pratique plus un jardinage de la maîtrise mais du plaisir, de l’attention, de l’entretien, de la vitalisation, qui vise à respecter les transports de la biomasse. Il ne s’agit plus seulement de respecter ses matières (comme dans le bio) mais aussi ses flux, ses déplacements.

Clément valorise la friche, les mauvaises herbes, les couplages de plantes hasardeux et démontrent scientifiquement que très souvent, le hasard fait bien les choses.

Son jardinage a des attitudes zen, proche du non-interventionnisme. Il allie l’esthétisme et le plaisir de la culture.

3. Le Tiers-Paysage

Si le jardin est en mouvement, qu’est-ce qui n’est pas jardin ?

Longtemps le jardin a été un espace raisonné : un endroit clair, rangé ou du moins soigné. Le contraire des jardins était ces paysages en friche, abandonnés, zones périurbaines situées entre la déchetterie, le terrain vague et l’immeuble désaffecté.

Dans son travail de paysagiste Gilles Clément aime valoriser et reconstruire ces lieux-là, ces tiers-paysage. Tiers car ce ne sont ni des jardins ni des habitats mais au contraire l’image criante de la puissance du jardin en mouvement, de la vie.

Cessant d’être cloisonné dans la zone scientifique et ménagère du jardin privatif, la végétation comme vie reprend ses droits : elle est, comme dans le tiers-paysage, nourriture, envahissement. Capable de mordre la ville et d’interférer dans ses réseaux techniques, violents et pollués. On dit qu’une usine "s’implante"...

4. Vivre son jardin

Quels types de comportement adopter en son jardin ?

  • partir du milieu et de l’espace d’origine : planter ce qui poussait, respecter les affinités entre végétation et climat ainsi que l’ordre dans lequel les plantes se répartissent dans l’espace, se séparent ou s’agglomèrent

  • même si les alliances ont l’air peu orthodoxes, laisser s’opérer les mélanges, les greffes spontanées, les transports de graines, la croissance de la friche, l’apport au jardin d’éléments extérieurs qui vont le remplir (arrivée d’eau, tronc rompu par une tempête, arbre du voisin, insectes, abeilles, taupes...)

  • plutôt que des actions esthétiques verticales et ex-nihilo ("là je vais tout raser et planter trois rosiers, huit lys du japon..."), organisées selon un plan, préférer la gestion horizontale de la friche : défricher, ce ne sont plus les carrés de plantation qui structurent les allées du jardin et ses espaces nus mais les allées étroites de défrichage qui créent des bosquets, des clairières, des bouquets

  • éviter tout engrais chimique, tout produit chimique en général

  • ne pas traquer les bêtes !

  • privilégier les espèces vagabondes et envahissantes (qui peuvent permettre des jardins à plusieurs étages même sur un petit espace).


5. Les jardins de Gilles Clément

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Promenade des gunneras, jardins de l’Arche.

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Jardins de la Drac.

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Jardins du Musée Quai-Branly.

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Domaine du Rayol (Méditérrannée)

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Plan du Jardin de L’évolution, en hommage à Lamarck

Bibliographie non exhaustive de Gilles Clément :

Le jardin en mouvement - de la vallée au jardin planétaire, Sens et Tonka 1991

Traité succinct de l’art involontaire, Sens et Tonka 1997

L’éloge des vagabondes, Nil 2002

Manifeste du tiers-paysage, Sujet Objet 2004

Nuages, 2005

Où en est l’herbe ?, Actes Sud 2006

Sources.

Gilles Clément, Une écologie humaniste, Gilles Clément et Louisa Jones, Aubanel
L’éloge des vagabondes, Gilles Clément, Nil
Visite virtuelle du Jardin de l’Evolution :
http://www.jardins-de-valloires.com/fr/visite-virtuelle/index.htm

Article publié sur : www.oliceo.fr, communauté éco-citoyenne intéractive.



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