Article publié le 1er août 2008

La diversité biologique et les ressources naturelles vivantes produites
par les écosystèmes contribuent directement à plus de 40% de l’économie
mondiale selon le Millenium Ecosystem Assessment.
Mais de quelle manière ? En fait, il s’agit soit de matières premières
en amont de la production humaine : bois, plantes, animaux pour les
productions alimentaires, de médicaments, de textiles, de construction,
d’énergie ; soit il s’agit de services « invisibles » tels que la
pollinisation (condition sine qua non de la viabilité des écosystèmes
et de la production agricole), l’épuration des eaux, la régulation de
l’atmosphère, et le cadre de vie (tourisme).
Mais n’y a-t-il pas là une injustice économique dans la mesure où des
entreprises bénéficient de ces services gratuitement sans que la
collectivité n’en ait compensation ? Et cette injustice économique ne
s’accompagne-t-elle pas d’un manque d’incitation à la responsabilité ?
Imaginons un groupe qui exploite l’ensemble de ces services, comme un
consortium agro-alimentaire : ils bénéficient de la pollinisation des
insectes sauvages qui survivent grâce aux espaces non artificialisés et
les abeilles domestiques des apiculteurs, ils bénéficient de la
résilience des écosystèmes capables de régénérer les terres cultivées
jusqu’à un certain seuil, les conditions climatiques et la pluviométrie
en partie déterminées par les grands ensembles naturels
(essentiellement les grandes forêts), les produits insecticides
inspirés de l’arsenal chimique de certaines espèces vivantes,
l’épuration des eaux qu’ils utilisent et qui s’infiltrent dans le sol
chargées de produit phytosanitaires et autres polluants pathogènes.
Hors tous ces services, nécessaires à la production de leurs produits
et à la constitution de leur valeur ajoutée, sont gratuits. L’idée
gênante n’est pas qu’ils soient gratuits mais que cette gratuité
participe au manque de responsabilisation d’une part, et que cette
gratuité se limite à quelques utilisateurs au détriment des autres
d’autre part.
Les usagers des services écosystémiques manquent souvent de
responsabilité parce que face à un produit ou un service gratuit aucune
attention n’est prêtée au taux de sollicitation. Il en est ainsi du
CO2, rejeté librement par les industries et les particuliers. Tant que
cette pollution était traitée par la biosphère gratuitement, nul n’a
cherché à les diminuer, mais dès lors que ça a eu un prix, les
entreprises se sont mises à compter leurs émissions, puis à les
réduire.
Encore moins éthique peut-être, c’est un fait que certains services
écosystémiques sont accaparés par des organismes précis, rendant caduc
la notion de bien commun par leurs pratiques alors que les conséquences
de leurs activités concernent un vaste ensemble de personnes : pensons
par exemple aux tragiques questions pharmaceutiques de brevetabilité de
molécules issues du milieu naturel et utilisées déjà par les cultures
vernaculaires, ou bien encore plus près de nous les producteurs
d’énergie qui par exemple exploitent un cours d’eau pour leur
production hydraulique (grand barrage ici) et qui changent le milieu
naturel au détriment de tous ses riverains pour lesquels l’écosystème à
changé et en échange de quoi ils peuvent payer leur électricité pour
rembourser l’investissement consenti à la destruction d’un milieu
naturel...
L’usage de l’environnement inéquitable mérite d’être interrogé en
regard des enjeux du développement durable et de la volontaire mise au
point d’une éthique environnementale juste. La biodiversité est
généreuse avec notre économie, qu’apportons nous en retour ?
photographies : Olivier Martin Delange










