Article publié le 4 mars 2008
Article [anoté et illustré] d’après le Monde du 13/02/08, Laurence Caramel, forêt de Caillebert (Sarthe, 72)
Gilles Cardot ne regardera plus jamais pousser ses arbres comme avant. Avant, c’était quand ce forestier, responsable de 25 000 hectares dans l’ouest de la France, croyait avoir l’éternité devant lui. Tout a changé en 2003. “Au lendemain de la canicule, nous avons décidé que, malgré toutes les incertitudes, il était plus raisonnable de croire au changement climatique et de commencer à agir“, explique son directeur, Laurent Piermont. Les deux hommes travaillent pour la Société forestière, qui gère en France 250 000 hectares de forêts privées pour le compte de grandes institutions bancaires ou de sociétés d’assurances.
[ Ajoutons également le rôle des tempêtes de l’hiver 1999 dans cette prise de conscience par étape : “[…] De mémoire d’homme, les deux tempêtes qui ont traversé la France au cours de l’hiver 1999 constituent la plus forte perturbation naturelle ayant jamais frappé les forêts françaises. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 500 000 hectares touchés, 350 millions d’arbres abattus, 140 millions de m3 de bois à terre, plus de 4 milliards d’euros de perte… Mais, plus encore que leur ampleur, les tempêtes ont surtout servi de catalyseur à un vaste débat sur les différents rôles écologique, économique, mais aussi social qu’il faut désormais assigner à la forêt. Jean-Marc Brézard, chargé de mission pour l’environnement à l’Office national des forêts (ONF), le reconnaît : “Les tempêtes ont rendu la société plus attentive à la pression qui s’exerce sur les milieux naturels.” ]

Par ce matin gelé de janvier, ils ont chaussé leurs bottes pour passer en revue la forêt de Caillebert, dans la Sarthe. Cette forêt de 250 hectares est devenue un laboratoire de l’adaptation aux effets du réchauffement. A cause de la pauvreté de ses sols sableux, des essences réputées résistantes y ont été introduites depuis longtemps. Le plan de gestion, qui constitue la mémoire du travail accompli, en témoigne. Celui de Caillebert offre une rare diversité entre les futaies de chênes, de châtaigniers, de pins, de peupliers… “Ici, nous ne replanterons pas de pins maritimes, nous allons faire un essai avec un robinier sélectionné en Hongrie pour sa résistance a la sécheresse“, explique M. Cardot devant une friche fraichement coupée de 7 hectares. Le choix de ce cultivar hongrois ne tient pas au hasard : la plaine du Danube connait aujourd’hui les étés caniculaires que la France pourrait subir dans quelques décennies. L’évolution des forêts australiennes, soumises depuis plusieurs années à des épisodes de sécheresse exceptionnelle, est également observée avec attention.
Le changement climatique agit de façon paradoxale sur les arbres. D’un côté, la teneur plus élevée de CO2 dans l’atmosphère stimule leur croissance, de l’autre, le manque d’eau lié aux fortes chaleurs estivales met en péril leur survie. Pour anticiper les effets du réchauffement, les forestiers s’appuient sur les scénarios du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), complètes par les travaux menés plus localement par Météo France ou l’Institut national de recherche agronomique (Inra).

Selon leurs prévisions, l’avenir des arbres français se jouera après 2050, quand la fréquence des canicules augmentera. “Plus que la multiplication des tempêtes ou l’apparition de gelées précoces, la répétition des canicules représente la vraie menace pour la foret“, souligne M. Piermont. Pour anticiper ce bouleversement, la Société forestière a divisé ses arbres en deux catégories. D’un cote, ceux dont l’espérance de vie ne va pas plus loin que le milieu du siècle. Pour eux, l’intervention se limite a alléger la densité des plantations, pour s’adapter aux moindres réserves des sols en eau, et a programmer des coupes plus précoces. Les pins laricio, par exemple, ne seront plus récoltés a soixante-dix ans mais à cinquante. De l’autre, tous les arbres qui devront encaisser de plein fouet les coups de chaud estivaux annonces après 2050. “La, nous entrons dans une zone d’incertitudes“, reconnait le directeur de la Société forestière.

Certaines essences sont d’ores et déjà placées sur la liste des espèces menacées, comme l’épicéa commun, le sapin de Vancouver, le hêtre ou le chêne pédonculé. “Nos chênes végètent“, confirme Gilles Cardot en montrant des spécimens aux troncs anormalement étroits pour leur âge. Certains n’ont pas résisté aux sécheresses de la fin des années 1980 puis de 2003 et offrent le spectacle de longs futs décharnés. Ils seront peu a peu remplacés par des châtaigniers ou des robiniers, deux essences que la Société forestière a retenues dans sa liste des variétés de transition, capables de survivre dans les conditions climatiques prévues après 2050. Ces espèces, parmi lesquelles se trouvent aussi le tilleul, le cèdre, le pin laricio ou le chêne sessile, seront progressivement confortées ou introduites à Caillebert et ailleurs en France.
La diversification des essences offre pour l’instant la seule parade au changement climatique. Mais les forestiers avancent sur ce terrain avec modestie, car ils ne sont certains que d’une chose : “La nature ne repond jamais comme les hommes pourraient s’y attendre.”

Merci pour ce très bel article ; Je résume, un grand couturier Français s’est fait moqué de lui en 1999 ,car l’an 2000 est arrivé comme nous nous y attendions MAIS...il se serait passé quelque chose comme une transition , ce qu’il avait annoncé. Nos spécialistes en forêts sont actuellement très bien payés , ils ont pour cela poussé un coup de gueule dans les années 1978 MAIS...les forêts Françaises ne seraient pas très bien gérées comme tout le monde s’y attendait lorsque des diplomés qui s’autodiploment entre eux s’occupent de quelque chose . Ce serait le gros problème des experts qui s’étant autodiplomés prennent la place des "manuels" et ruinent le pays. Il y aurait ’ " LA " ’ raison à la grossière erreur des humains hypermentaux qui ne savent pas prévoir...bon ! MAIS, le problème est et reste un problème de compétence . Des gens savent voir loin et sont critiqués, et ici ont été virés ,au moment de prise de décisions que ces hypermentaux ne peuvent deviner .
Ce serait donc la révélation d’un gros problème de notre société. Depuis la prise de pouvoir de nos technocrates et énarques dans les années 1975 ...rien ne va dans le sens . Ceci semble vrai des problèmes financiers visibles avec la ruine et l’annonce de Monsieur Hollande nous apprenant que la France est ruinée "sans le sous", des problèmes sociaux où 22 millions de Français sont parqués dans des zup et bien mis à l’écart de la marche de notre état , de la disparition de nos entreprises nationalisées , perdues nous a dit notre justice et, peut-être ici du problème de nos forêts que l’on croyait correctement gérées par des techniciens qui avaient tout compris...désillusion....ils ont pris le pouvoir au bluf ....ils ne savent rien de l’exploitation forestière et nous allons avoir besoin des arbres...SURPRISE ...les arbres ne poussent pas dans les dossiers où l’on pourrait les admirer bien à l’abri. Les arbres poussent dehors sur un sol , loin du bureau et à l’air libre, même pas moyen de mettre la clim...pfuutt
Je profite de votre réaction pour préciser, si nécessaire, que cet article n’est absolument pas de moi mais de Laurence Caramel pour le journal le Monde. Je n’ai ainsi fait que de l’illustrer graphiquement, tout en précisant quelques éléments. Soit dit en passant pour éviter toute confusion sur ce petit billet de blog.









