La consommation asiatique d’ailerons a raison de nos monstres préférés
Les requins sont des animaux qui évoquent immédiatement la peur dans notre inconscient collectif. Requin sonne comme le requiem que les marins chantaient lorsqu’un de leur compatriote tombait dans les eaux troubles de la mer d’Oman.
Les requins sont des animaux qui évoquent immédiatement la peur dans notre inconscient collectif. Requin sonne comme le requiem que les marins chantaient lorsqu’un de leur compatriote tombait dans les eaux troubles de la mer d’Oman.
Pourtant, s’il existe plus de 350 espèces recensées de requins[1], seule un dizaine peut potentiellement représenter une menace pour l’Homme au même titre que les baracudas, certains grands congres ou serpents de mer . Les espèces médiaquement les plus menaçantes sont sans conteste :
· Le Charcarodon charcarias – requin blanc – un animal dont les qualités physiques dépassent parfois l’entendement – Jusqu’à 7m de longueur, capable de nager plus de 200km par jour, 16tonnes de puissance en machoire (16kg pour un Berger Allemand). Le requin blanc fait aujourd’hui parti des 10 espères les plus menacées sur terre[2].
· Le Galeocerdo cuvier – requin tigre – véritable poubelle des mers. Cet animal capable de remonter les estuaires n’hésitent pas à mordre tout ce qui se présente devant lui. Pesant en moyenne 750kg, il est aujourd’hui une espère quasi-menacée.
· Le Carcharhinus leucas – requin bouledogue – animal pouvant vivre une trentaine d’année et souvant appelé requin du Gange pour ses aventures nocturnes dans les eaux fluviales indiennes. Cet animal serait impliqué dans près de 75% des attaques par requin au Brésil. Tout comme le Carcharias taurus – requin Taureau-, c’est un animal territorial qui peut être très agressif lorsque l’on est à proximité – moins de 50m. Le Boulegodue est en voie de disparition.
Sans rentrer dans la polémique sur la dangerosité de ces animaux, même si mon avis est acquis à ses animaux, il convient de souligner qu’on estime actuellement entre 100 et 200 millions le nombre de requins pêchés chaque année sur terre. Ce chiffre est nettement au dessus de seuil de renouvellement de l’espèce qui se situe vraissemblablement aux alentours de 70 à 90 millions. A ce rythme, dans moins de 10 ans, nos monstres préférés auront définitivement quitté les océans :
· C’est ainsi que l’on se retrouve dans le détroit de Bab-El-Mandab, face à Djibouti, sans voir le moindre ailerons alors qu’ils foisonnaient il y a encore 10 ans.
· C’est ainsi encore que Raz-Mohamed, à la pointe du Sinaï en Egypte, anciennement rendez-vous mondial des sensations fortes sur le tombeau de 800m de shark-reef, reste aujourd’hui un paysage sous-marin desespémment vide.
· C’est ainsi enfin, que le bruit asourdissant des chalutiers japonais et russes aux Maldines vient perturber les couché de soleil propre à ces îles paradisiaques. La disparition des squales est principalement liée à la pêche et en particulier à la consommation d’aileron de requins au Japon, en Corée et maintenant en Chine – DiveFilm Episode 37 -
Sur les ponts des chalutiers, les requins, accrochés à des hameçons, se débattent avec l’énergie du désespoir. Les marins s’avancent, et tandis que plusieurs d’entre eux les plaquent au sol. Ils découpent les ailerons profilés de ces animaux encore vivants. Le travail réalisé, les animaux en vivants sont rejettés à l’eau. Les hameçons d’une trentaine de centimètres sont parfois fixé par milliers au bout de lignes de plusieurs dizaines de kilomètres.
Après le passage des chalutiers, il ne reste rien.
Les anglo-saxons désignent par « finning » –aileron en anglais- cette pêche au requin. Elle alimente le fructueux commerce asiatique de la soupe aux ailerons. Très délicate, elle serait l’équivalent du foie gras français. Le prix d’un bol peut atteindre une centaine d’euros.
Avec la croissance asiatique, la demande pour ce produit a litteralement explosée au point d’atteindre près de 200 euros/kg. Il n’est pas rare de s’échanger dans des ports chinois ou japonais des ailerons de requin-baleine contre 15 000 euros pièce ! Devant une telle croissance, la pêche n’est pas prette de s’arrêter.
En réalité, toutefois, tous les requins ne sont pas nécessairement tués pour leurs ailerons. La plupart des composants sont parfois récupérés comme l’huile du foie, riche en vitamine A ou la peau qui produit un cuir d’excellente qualité.
Mais les ailerons se vendant mieux et plus chers, ils sont les produits privilégiés. On cible donc un chargement en ailerons des chalutiers. C’est autant de place gagnée sur le navire pour en stocker plus. Les ailerons ne représentent que 5% de la masse d’un squale.
C’est ainsi qu’en moins d’une décennie, le nombre de squales aurait baissé d’environ 80% dans nos océans. Pendant ce temps, suivant la FAO –Food and Agriculture Organization – la quantité de requin pêchée a augmenté. Elle est passée de 693 ktonnes en 1992 à près de 830ktonnes en 2000 –pêche déclarée-. Si une legislation voit actuellement le jour aux Etats-Unis ainsi qu’en Europe, les consommations asiatiques sont telles que les espoirs demeurent très minces.
En 1998, au large du Soudan, je me souviens m’être retrouvé face à un requin marteau - Sphyrna lewini – de 3.5 à 4m de longueur. J’étais à une quarantaine de mètres de profondeur dans une eau de cristal. 4-5 nous séparaient. Nous nous sommes observés pendant quelques instants. Fasciné par l’animal, je n’avais pas peur. Puis le squale, véritable merveille de la nature est passé à côté de moi avant de disparaître dans les profondeurs. Je garde ce souvenir ancré dans ma mémoire. J’ai eu de la chance, beaucoup de chance…d’en voir un !











