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L'orpaillage : un tabou en Guyane

Article publié le 2 février 2009

Au milieu des années 1990, l’annonce d’importants gisements d’or en Guyane a provoqué une véritable ruée vers l’or dans les parties les plus profondes de ce département français, en plaine forêt équatoriale, où vivent les amériendiens. L’orpaillage cause de nombreux dommages environnemental et sanitaire pour les populations originaires. Mais cette question est pratiquement ignorée par les autorités. Il s’agit en réalité d’une activité qui ne peut être socialement, économiquement et écologiquement « durable », comme le montre les données scientifiques dont nous disposons depuis plus de 10 ans.

L'orpaillage : un tabou en Guyane

L’orpaillage, légal et illégal, est une activité qui connait un nouveau boom en Guyane depuis 1995. Depuis la conquête de l’Amérique, le mythe de l’El dorado ne semble pas avoir faibli. Des pauvres du Brésil, d’autres pays d’Amérique du Sud, et du bassin carribéen continuent à venir, par toute sorte de voies, pour s’enfoncer dans les parties les plus reculées de la forêts, et tenter leur chance. Au mieux, ils trouveront quelques centaines de grammes par an, ce qui n’en feront pas des personnes riches, mais leur permettront de survivre.
Mais la recherche de l’or pollue la forêt, et contamine les amérindiens de certaines parties du territoire, en touchant d’abord les plus faibles : enfants et femmes enceintes. Comment ? Le processus est connu depuis longtemps, mais demeure inchangé :
Le sol guyanais est naturellement riche en mercure, peut-être la conséquence d’activités volcaniques au cours des ères géologiques antérieures. En l’absence d’activités humaines, cette concentration reste fixée aux sols. Mais l’or et le mercure sont frères, et le mercure est donc ami du chercheur d’or, qui l’utilise pour repérer, par amalgame, les particules d’or les plus fines dans les boues riveraines des fleuves. Une fois l’or fixé, l’orpailleur peut laisser le mercure s’évaporer. Certains sont ainsi contaminés diarectement, par inhalation.

Mais c’est surtout par son insertion dans la chaîne alimentaire, une fois déposé dans l’eau, que le mercure empoisonne les populations locales. Dans les couches inférieures des rivières, le mercure est transformé en methylmercure par des bactéries, sa forme la plus assimilables par les organismes vivants. Assimilé par le plancton, puis par différents organismes, sa concentration augmente comme le poids d’une pyramide en proportion de sa hauteur. On le retrouve ainsi dans les poissons carnivores à une concentration 60 millions de fois supérieure à celle qu’il a dans l’eau, et mille fois supérieure à celle des poissons herbivores ou frugivores.
Ces données sont le résultat d’études scientifiques du programme « Environnement, vie, société » mené par le CNRS depuis 1996-1997.
Depuis une dizaine d’années, on sait que les villages indiens de Twenké et Antecume Pata du Haut Maroni sont exposés à des teneurs importantes en mercure. En 2005, la concentration mesurée dans les cheveux avait augmentée d’environ 20% par rapport aux chiffres de 1995. Cette exposition est dûe à la consommation de poissons contaminés.
Certes, des campagnes d’information ont été menées, non sans résultats, pour inciter les populations à restreindre leur consommation des 5 espèces de poissons les plus contaminés. Mais quelle autre mesure, pour résoudre le problème à la source ?
L’utilisation du mercure est interdite depuis le 1er janvier 2006, mais pas celle du cyanure, tout aussi contaminante.
30 tonnes d’or produite par an dans les 3 Guyanes.
Une question : l’orpaillage durable existe-t-elle ? Difficile de l’imaginer, car sans mercure l’orpaillage ne serait pas rentable. Grâce au mercure, récupération de 90% de l’or, 20 à 30% sans mercure. Après l’interdiction du mercure, seulement 20 personnes ont obtenu une autorisation légale d’exploitation d’or en 2008. Mais des milliers d’autres continuent à travaillant illégalement, mitant la forêt et mettant en danger ses écosystèmes et ses populations.

photographie : chercheur d’or en République Démocratique du Congo

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Pollution Forêt Amazonie

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commentaires
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par le peripate (IP:xxx.xx3.173.212) le 2 février 2009 à 23H24

Un tabou, certainement pas, tout le monde en parle, c’est même un des sujets de conversation le plus important à Maripasoula.

L’interdiction du mercure est un peu un faux problème, car l’essentiel du mercure polluant est d’origine locale, et est dispersé par les eaux de lavage. Les bassins de décantation sont très efficace, et c’est ce que pratiquent les industriels autorisés. La question est celle de l’orpaillage clandestin. Les Indiens voient passer, impuissants, les pirogues chargées d’essence, de fuel, et de provisions des brésiliens. Des heurts ont lieux assez fréquemment. L’Armée fait une descente, des opérations de surveillance, mais le territoire est vaste, les possibilités de s’échapper en forêt immenses, le matériel détruit sera remplacé, et quand les garimpéros sont arrêtés, ils sont de retour après avoir baisé leurs femmes ......... C’est la tragédie des biens communs.

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par scloud (IP:xxx.xx8.99.221) le 3 février 2009 à 10H16

La Guyane, c’est la France...mais c’est une France où le droit de libre circulation n’existe plus.(Le pays amérindien est dit en "accès règlementé", il faut une autorisation pour s’y rendre) Peu de voyageurs bravent cette interdiction digne d’un autre temps et s’aventurent jusqu’aux villages de Twenké ou Antécum Pata pour rencontrer les amérindiens Wayana. Lorsqu’ils y arrivent, c’est pour découvrir des populations extrêmement attachantes écartelées entre leur mode de vie traditionnel et des bribles de modernités qu’elles entrevoient au moment de leurs descentes vers Maripassoula et plus rarement des voyages à Cayenne voire en "métropole" pour quelques uns. Ce préambule pour confirmer que nos pouvoirs publics mettent tout en oeuvre pour que nous ne sachions pas ce qui se passe là-bas.( conflits violents avec des orpailleurs, intoxication chronique par le mercure, turbidité des eaux des fleuves engendrée par les dragues) Les Wayanas sont des laissés pour compte de notre république autant en train de mourir par le mercure que par la déculturation que nous leur imposons. Il n’y a sans doute pas de solution toute prête pour permettre un "développement durable" à ces populations, mais ce n’est pas en les ignorant délibérément qu’elles auront une chance de connaitre un avenir serein.

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par le peripate (IP:xxx.xx3.173.212) le 3 février 2009 à 17H41

Permettez : l’interdiction est un simple signalement à la gendarmerie, que la plupart néglige, sans conséquences. L’acculturation.... le RMI est la principale ressource, indispensable pour le moteur de la pirogue et le carburant.

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(IP:xxx.xx1.100.228) le 3 février 2009 à 12H10

Il me semble bien que le cigne nu avait fait un ou deux très bons articles à ce sujet

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par Annie (IP:xxx.xx2.61.31) le 4 février 2009 à 11H21

L’orpaillage est également largement pratiqué en Guinée Conakry et j’imagine dans tous les pays riches en minéraux. Considéré comme une activité marginale, s’effectuant souvent illégalement parallèlement à l’exploitation des richesses minérales par les grandes sociétés minières comme Rio Tinto, les orpailleurs figurent au rang des plus démunis dans cette chaîne d’exploitation. Une solution serait de réglementer cette activité, pour limiter les impacts environnementaux, mais aussi pour garantir des moyens d’existence durables aux orpailleurs. L’exploitation artisanale ne disparaîtra pas si elle est interdite.

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