Un jardin de la découverte naturelle dans la campagne taiwanaise
Depuis quelques années, à Taiwan, un mouvement spontané d’intérêt pour la défense, la protection et la promotion de l’environnement naturel se développe. En voici un aspect intéressant et enrichissant...
L’harmonie recréée entre beauté et utilité
Monsieur Chuang Chung-Hsiang est un homme qui aime la nature magnifique qui l’entoure. Il manifeste cet amour, non seulement en créant dans son cadre verdoyant de montagnes sauvages, des beautés nouvelles -ses célèbres camélias enviées dans le monde entier par les spécialistes et les amateurs-, mais aussi en les faisant connaître largement à la population de son pays (23 millions d’habitants) et en permettant au grand public de se réapproprier une connaissance réelle-et l’usage- des herbes et plantes médicinales chinoises dont l’histoire a attesté l’efficacité thérapeutique.
A l’origine, Monsieur Chuang était un paisible paysan du village de Shuanshi, au nord-est de Taiwan, et un passionné d’arboriculture. Un de ses souhaits anciens, avec l’amour des camélias, était de redonner toute leur place, dans la société moderne de son pays, à la pharmacopée naturelle chinoise ancienne.
Esprit entreprenant, dynamique et résolu comme le sont nombre de ses compatriotes, il a transformé sa terre en un splendide jardin "à la chinoise". Et, dans ce coin de paradis, on trouve- on découvre est un mot plus approprié ici- le plus grand "parc à camélias" d’Asie - 800 espèces représentées sur les 25000 répertoriées dans le monde, dont certaines sont strictement locales et ne poussent que sur son petit bout de terre !
Non content de créer cette fantasia de couleurs et de formes qui ravissent les yeux émerveillés des dizaines de milliers de visiteurs qui, chaque année, sillonnnent son "jardin merveilleux", il a utilisé les technologies modernes pour présenter au public, dans l’enceinte de son restaurant en bois -où l’on déguste des produits biologiques savoureux-, restaurant incluant une serre odorante jouxtant les tables, des projections de photographies qui exposent ses oeuvres florales.
Beauté plastique et utilité sociale sont ainsi mariés pour le meilleur !
"La nature me guide et m’inspire"
La formule de notre hôte est simple et il aime à la répéter de sa voix calme et cependant si enthousiaste : "la nature me guide et m’inspire".
Le visiteur ne peut qu’apprécier la bonne "inspiration" que la nature apporte au maître des lieux, tant il en ressort détendu, serein et avec une compréhension plus profonde des processus naturels, arboricoles, et horticoles.
En effet, à côté des autres plantes et arbres, au but décoratif, mais aussi pédagogique, qui ravissent les yeux et les nez des écoliers qui passent chaque jour visiter ce lieu où la nature est pleinement maîtresse chez elle, Monsieur Chuang a réalisé son rêve : faire pousser des plantes et herbes médicinales chinoises traditionnelles, les montrer au public et réhabiliter leur utilisation populaire quotidienne.
Dire qu’il est largement en train de gagner son pari de jeunesse semble aujourd’hui une évidence. Tant en Chine qu’à Taiwan, mais aussi à Singapour ou à Hong-Konk, et plus largement dans les pays occidentaux, l’intérêt du grand public pour les médecines traditionnelles chinoises croît à grande vitesse. C’est une tendance internationale que certains "économistes", dans leur jargon parfois comique, qualifient de "lourde" !...
A Taiwan, ce jardin et le succès de ses plantes médicinales ont ouvert la voie à plusieurs projets de même nature, qui allient harmonieusement protection de l’environnement, nécessité de santé publique, activités économiques rentables et sources d’emplois stables.
La nature aide ici la santé de manière harmonieuse.
Des milliers de petites lumières dansent dans la nuit
Quand le soleil se couche sur son "jardin chinois" aux effluve enivrantes et aux couleurs si chatoyantes, Monsieur Chuang réserve, au printemps, un spectacle "son et lumière" gratuit, naturel et passionnant, ses invités.
En effet, vers 19h30, alors que la nuit est encore toute récente, il emmène ses hôtes amoureux des lieux près des mares où flottent, silencieux et indolents, des nénuphars et autres plantes aquatiques aux noms chinois si doux. Et là, le spectateur s’arrête, le souffle coupé : devant ses yeux, des milliers de petits traits lumineux tournoient dans les airs autour et devant lui !
C’est la danse amoureuse de ce qu’on appelle ici "les insectes-lumière", des insectes qui pullulent sur et près de ces mares aménagées. Ce sont, nous explique-t-il à voix basse, comme pour ne pas gêner ce tournoiement nuptial, les mâles qui, ainsi "auto-éclairés", cherchent les femelles pour s’accoupler et se reproduire.
Les observateurs assistent, béats, à cet immense accouplement public en plein air. Quand le mâle a enfin trouvé sa partenaire, sa "lumière’ s’éteint et les étreintes amoureuses se font, avec discrétion et pudeur, dans l’obscurité retrouvée.
Et la nuit retrouve sa sérénité....
Une société qui se réapproprie la nature et ses enjeux
Le succès, tant culturel que scientifique, commercial que pédagogique, de ce "jardin aux mille merveilles", comme l’a appelé un visiteur américain, passionné de camélias, repose sur un processus profond au sein de la société taiwanaise, souvent décrite comme "égoïste" ou "centrée sur l’argent" : celui de toute la jeune génération et aussi, de celle entre 40 et 50 ans, un mouvement de citoyens qui veulent se réapproprier leur nature, leur environnement et le protéger pour en faire un cadre de vie agréable et sain.
En quelques années, ce mouvement a pris une ampleur presque incroyable. Aller s’installer dans les montagnes sauvages du centre de l’île, ou élire résidence sur la splendide Côte Est, le long du Pacifique, est maintenant le voeu de nombreux Taiwanais, lassés de la course épuisante et souvent mortelle de la richesse.
Ce changement intellectuel se traduit par un intérêt actif aux sujets liés à l’environnement, ce qui pousse les autorités à y prêter dorénavant une attention nouvelle.
Cela ravit Monsieur Chuang qui encourage jeunes et moins jeunes à aimer, respecter et promouvoir la nature.
En cela, il concrétise et prolonge une "leçon de choses" qui a "marqué" fortement l’opinion publique taiwanaise après le grand tremblement de terre de 1997, une catastrophe qui fit de gros dégâts et de nombreuses victimes.
Le lendemain de l’événement, la femme le plus respectée de Taiwan pour son autorité morale, Cheng Yen, une responsable bouddhiste vénérée comme une sainte par toute la population, s’exprima ainsi à la télévision :
" Hier, la Terre s’est fâchée et elle a tué nombre de nos concitoyens innocents. Elle s’est mise en colère parce que vous ne l’aimez pas, alors qu’elle a besoin de votre amour, comme un être humain qui ne peut vivre sans amour. Si vous l’aimez de nouveau, alors, sa colère s’arrêtera et l’amour que vous lui donnerez, elle vous le rendra".
Voilà des paroles qui ont été entendues à Taiwan par beaucoup et qui ont généré un changement d’attitude populaire à l’égard de la nature et de l’environnement depuis lors.
Il peut sembler que la valeur morale symbolique et la portée concrète de cette "leçon de choses" dépassent la seule Taiwan et vaille comme un enseignement valable au niveau universel.
Comme la splendeur des camélias.....
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