Article publié le 9 juin 2008
En 2007, selon l’organisation promotrice des OGM, ISAAA, les deux plus grandes cultures de semences transgéniques alimentaires en terme de surface dans le monde sont : le soja et le maïs. Leurs caractéristiques sont : soit de "tolérer" un herbicide, soit de "résister" à un insecte, soit les deux en même temps (hybridation des variétés GM "tolérante" et "résistante").
Cette production considérable (près de 60 millions d’hectares cultivés
pour le soja GM, et plus de 30 millions d’hectares pour le maïs GM) est
principalement destinée à l’alimentation des bétails américains et
européens. En effet, "les cultures transgéniques restent
concentrées - à 77 % - dans quatre pays : Etats-Unis (50 %), Argentine,
Brésil et Canada, selon l’Isaaa. L’Inde et la Chine cultivent aussi les OGM en quantités importantes, [mais] essentiellement le coton."
(1) Actuellement, toujours selon l’ISAAA, 61% du soja cultivé dans le
monde est génétiquement modifié pour résister à un herbicide,
principalement le dangereux RoundUp(2), et 24% du maïs cultivé dans le
monde est génétiquement modifié. Loin de changer les pratiques de
développement agricole, pour une meilleure répartition des protéines
végétale et animale produites dans le monde, le développement des
agrobiotechnologies s’inscrit dans le prolongement d’une agriculture
centrée sur la consommation carnée occidentale, grande consommatrice
d’eau et de protéines végétales, et tournée exclusivement vers la
conquête de nouveaux marchés, pas vers la résolution des problèmes
alimentaires mondiaux urgents, dont beaucoup sont générés par ce même
système de développement. Ainsi, l’"Afrique a subi de plein fouet
les effets pervers de l’aide alimentaire, qui a tué les cultures
vivrieres traditionnelles au profit de céréales venues d’ailleurs, et
notamment des pays développés, sous la pression des lobbies céréaliers"(3).
Par une volonté purement idéologique d’économie de marché et de
concurrence internationale au niveau agricole, les OGM sont imposés
dans une logique de compétitivité entre grands blocs communautaires.
Ainsi, la commissaire européenne à l’Agriculture Mariann Fischer Boel
déclarait la semaine dernière, qu’il faudrait accélérer l’approbation
des OGM, pour rendre le bétail européen plus compétitif.(4)
Alors que les hommes et les animaux deviennent les cobayes d’une
agriculture génétiquement modifiée développée idéologiquement grâce au
pouvoir de la finance et de l’industrie, et que des entreprises
s’apprêtent à utiliser certains animaux comme des usines pour une
production de masse de molécules diverses, aux effets parfois gravement
délétères sur leur santé, la question du bien-être animal(5) fait
figure de préoccupation secondaire dans nos sociétés de consommation.
Alors que les réunions des travaux gouvernementaux(6) sur la question
animale viennent de prendre fin et que nous sommes en ce moment dans
les phases de consultation du public concernant les engagements de
société sur ces questions, l’accréditation d’une agriculture
génétiquement modifiée basée sur l’alimentation carnée et le
productivisme compétitif au niveau international, semble se dissocier
des volontés et réflexions concertées sur les notions tournant autour
du concept de bien-être animal. Dans un monde où la guerre est toujours
cependant banalisée et vient conforter les idéologies des nations les
plus puissantes, le sort réservé aux animaux d’élevage, souvent cruel,
n’est que très peu pris en compte. Au XIIIième-XIVième siècle, Léonard
De Vinci affirmait : "Le
jour viendra où les personnes comme moi regarderont le meurtre des
animaux comme ils regardent aujourd’hui le meurtre des êtres humains."
Nul doute que cet artiste visionnaire était très en avance sur son
temps, car le meurtre des êtres humains est encore affaire courante
pour les grandes puissances ou communautés de pouvoir, de manière tout
à fait légitimée et institutionnalisée, par la guerre militaire ou
économique, que ce soit au nom des concepts de démocratie, de dieu, ou de liberté, limités par les vues étroites de chaque nation, organisation, religion ou culture traditionnelle.
De nos jours, cependant, une partie du courant culturel écologique et
de "nombreuses" associations végétariennes commencent à critiquer
ouvertement cette tendance alimentaire à la surconsommation de viande,
préjudiciable à la santé et à l’environnement, et le traitement cruel
réservé aux animaux d’élevage par l’agro-industrie. Pour des raisons
multiples, allant de l’éthique aux questions purement environnementale,
agronomique et sanitaire, ou plus politique et morale, la consommation
de viande est ainsi remise en cause, au sein même des sociétés dans
lesquelles elle est fortement ancrée dans les moeurs. Aussi, certains
n’hésitent plus à présenter publiquement des thèses très radicales
comme l’abolition de la viande,
comme mesure sociétale et souhaitable d’un point de vue politique.
Malheureusement, une grande partie de la population n’est déjà pas
sensibilisée à son propre bien-être, devant lutter parfois
difficilement pour survivre ou vivre dans une société d’inéquité.
Devant ces injustices humaines, le bien-être animal peut être ainsi
déconsidéré et parfois à juste titre. Mais la comparaison semble
toutefois profondément inefficiente et inadéquate, car les personnes
peu sensibilisées à la souffrance humaine, ne seront pas forcément plus
sensibilisées à la souffrance animale et vice et versa.
Cette thèse de l’abolition de viande comme mesure politique et
revendication publique a été explicitée dans le numéro 29 des cahiers
antispécistes de février 2008, dont voici le résumé, et la totalité sur
le site de la revue :
| Résumé :
La thèse défendue dans cette brochure est qu’il faut dès maintenant
oeuvrer explicitement à l’interdiction légale de la production et de la
consommation de chair animale. C’est à la fois une mesure nécessaire et
une mesure qu’il est possible d’obtenir sans attendre une révolution
des mentalités ou de l’organisation de nos sociétés. « On ne doit pas maltraiter ou tuer des animaux sans nécessité » : partout dans le monde, ce précepte fait partie de la morale commune. Partout dans le monde, la consommation alimentaire de produits animaux est la cause principale pour laquelle des humains maltraitent et tuent des animaux, sans nécessité. Le précepte précité n’est pas dénué d’impact : des personnes refusent de consommer des produits d’origine animale, d’autres réduisent leur consommation de viande, d’autres encore choisissent des produits issus d’élevages offrant quelques garanties sur le traitement des animaux ; des pays adoptent quelques lois protégeant les animaux d’élevage. Mais cela ne suffit pas à inverser la tendance : le nombre d’animaux élevés et pêchés dans le monde croît inexorablement, tandis que l’élevage industriel se généralise. Il est illusoire d’attendre que les dispositions adoptées en faveur du bien-être animal finissent par assurer des conditions de vie et de mort décentes aux milliards d’animaux mangés chaque année : les éleveurs peuvent difficilement se résoudre à faire passer le bien-être des bêtes avant la rentabilité de leur exploitation, et on ne dispose ni des espaces ni de la main d’oeuvre requis pour traiter tant d’animaux avec soin. La prise de conscience du fait que production de chair animale a un impact environnemental désastreux ne conduira pas nécessairement à une amélioration du sort réservé aux bêtes : si l’intérêt des animaux n’est pas pris en compte en tant que tel, cette prise de conscience peut au contraire déboucher sur une intensification de l’élevage. Le contraste entre les devoirs que les humains reconnaissent avoir envers les bêtes et la façon dont ils les traitent concrètement n’implique pas que les bonnes intentions affichées ne soient qu’hypocrisie. Ce contraste nous apprend toutefois que les changements spontanés de comportement des consommateurs ne constituent pas une force suffisante pour mettre fin à la boucherie. Il y a des raisons à cela. C’est par ailleurs une situation très commune : on ne réussit pas non plus à résoudre les problèmes de l’insécurité routière, de la pollution, de la misère humaine, de la maltraitance des enfants... en comptant uniquement sur la capacité de chacun à modifier ses habitudes pour y porter remède, même lorsqu’il qu’il est largement admis qu’il s’agit de maux. Pour mettre un terme au sort hideux réservé aux animaux mangés, il faut que la question soit portée (aussi) au niveau politique. Il s’agit d’enclencher un processus qui s’achèvera par l’adoption de lois interdisant la prédation (chasse, pêche) et la production (élevage) d’animaux pour la consommation humaine. Les institutions publiques ont également un rôle à jouer dans la reconversion des travailleurs dont le revenu dépend de ces activités. Ce processus commence par l’expression publique de la revendication d’abolition de la viande. |
Tribune libre Anti-OGM.info
Aurélien.
1) Hervé Kempf, Les surfaces cultivées en OGM ont augmenté de 12% en 2007, Le Monde, 15/02/08
2) Le glyphosate est toxique et le RoundUp est encore plus mauvais, ISIS Press Release, mars 2005
Le Roundup n’est pas "biodégradable" ni "bon pour l’environnement", Marie-Monique Robin, blog Le Monde selon Monsanto, 04/03/08
3) Problèmes alimentaires du monde, site Géoscopie.
4) UE : Fischer Boel souhaite plus d’OGM pour freiner l’envolée des prix alimentaires, AFP, 4 juin 2008
5) Réflexion sur l’éthique animale, Agora Vox, 6 mai 2008
6) Animal et société, Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, 2008
Et la promotion de l’agriculture biologique, vous êtes passé à côté ?? Seule agriculture où l’alimentation OGM soit totalement proscrite, la pression à la demande pourrait en Occident faire baisser son coût et imposer par la loi de la demande une agriculture différente. Par ailleurs, la maltraitance dont vous parlez est là encore le fait d’une agriculture intensive et productiviste et est totalement proscrite - par des contrôles fréquents et coûteux des organismes de certification -. Sortir de cette agriculture obsédée par le profit et la rentabilité est assez simple : D’autant qu’il n’est pas besoin de devenir systématiquement végétarien, mais de consommer plus de protéines végétales - type légumineuses biologiques- , plus de céréales complètes et moins de protéines carnées. Le chemin vers le végétalisme est un chemin long, lourd et graduel, pour tous ceux qui, de culture occidentale sont habitués à consommer de la viande : Sans être fondamentaliste, mangeons moins et mieux...et en plus ça coute moins cher.
Chaque personne autonome de son jugement, et responsable dans nos sociétés d"hyper-consommation"et informée, posséde ce petit pouvoir au moment du choix :
je peux dire non ; je peux manger moins de viande, ou pas du tout, je peux prendre mon vélo plutot que ma voiture (ou les transports en commun), je peux éteindre les lampes inutiles....je peux, si et quand j’ai le choix !
On revendique si facilement sa liberté d’expression, ou sexuelle,...mais cette liberté de respecter ma vie et La Vie !
nos droits et nos besoins ne doivent pas être assouvis aux dépends du reste de la planète, animaux compris(nous qui prétendons si facilement nous mettre à part et au-dessus(nous le sommes, mais pour ce qui concerne notre inconscience dévastatrice)....
Il est toujours bon de rappeler les fondamentaux (et il est si facile de dire : "je ne savais pas")Nous sommes tous responsable de l’état des choses.
Chaque article comme le votre, va dans ce sens, merci.










