Article publié le 12 septembre 2007

Dans le parc régional d’Armorique, en Bretagne, le site du Huelgoat est exemplaire. Haut lieu touristique, il est arpenté chaque été par des milliers de visiteurs attirés par la beauté originale de cette forêt.
D’abord le Huelgoat est un site naturel remarquable d’un point de vue géologique en raison de ses « chaos ». C’est ainsi que l’on nomme l’ensemble des énormes blocs granitiques érodés, amoncelés et arrondis, de diverses couleurs du gris au rose, et qui encombrent l’étroite vallée d’une petite rivière torrentielle : le Fao, affluent de l’Aulne. La constitution de ce site surprenant est due à des roches éruptives solidifiées en profondeur, puis mises à jour et sculptées par une lente érosion . La légende propose une tout autre origine : une vengeance de Gargantua, qui, dans l’imagerie populaire, jette les pierres en question sur la ville de Huelgoat . Le trait mystérieux du site est encore plus profond puisqu’il se rapporte aussi aux légendes arthuriennes. Les chaos prennent place dans une forêt de 1000 hectares, vestige occidental de la fameuse forêt de Brocéliande, pendant du site de Paimpont, encore plus touristique, partie orientale de la forêt primaire bretonne. Par cette ancienneté, le Huelgoat ne manque pas non plus d’intérêts botaniques et écologiques malgré de profondes altérations qui en font une forêt secondaire au même titre que toutes les forêts françaises.

Olivier Martin Delange, Les chaos du Huelgoat, 2004.
Cette vallée des Monts d’Arrée présente aussi une occupation humaine
continue et très ancienne. De nombreux mégalithes sont éparpillés sur
son domaine qui comprend tous les grands types de monuments
préhistoriques avec des menhirs, des dolmens et des tumulus, là encore
propices à la légende puisque nous ne connaissons pas toujours
l’utilité originelle de ces réalisations préceltiques. Cette occupation
se poursuit avec un oppidum de la tribu gauloise des Ossismes,
réutilisé par les envahisseurs romains, puis flanqué d’une motte
féodale au XIe siècle qui en fait une place forte utilisée jusqu’au
rattachement du duché de Bretagne à la France en 1532. La ville se
développe alors autour de l’utilisation de ses ressources naturelles :
une mine de plomb argentifère (jusqu’en 1934), le granit des chaos pour
la construction et l’art funéraire, ou encore la forêt elle-même, pour
les fours de la mine, la construction navale à Brest et la fabrication
de sabots. L’effet conjugué de ces industries mène la population à
prendre conscience de l’usure de ses ressources naturelles à la fin du
XIXe siècle.
Dès lors, l’histoire du Huelgoat change radicalement et prend la forme
d’une valorisation progressive de son patrimoine naturel. Ces années
correspondent aux passages des premiers artistes qui feront connaître
le site. Fatigué de Pont-Aven, dont Gauguin vient de partir, son ami
Paul Sérusier (1864-1927) s’installe chaque été au Huelgoat de 1891 à
1894 . Il a trouvé dans cette forêt une nature sauvage presque vierge
conforme à son imagination . Cette tradition picturale se perpétuera
avec d’autres artistes tels que Maurice Denis (1870-1943), Rocher
Georges (1927-1984), et surtout Paul Marzin qui y peint depuis 60 ans .
Simultanément, des œuvres littéraires prennent pour sujet les mêmes
monuments naturels comme le fit Charles Le Goffic (1863-1932) dans Croc
d’argent, en 1922, où il fit le roman d’Huelgoat et de sa forêt ,
celle-là même qui vit mourir Victor Segalen (1878-1919), qui y repose,
écrivain lui aussi inspiré par cette Bretagne pittoresque .
Progressivement, le paysage naturel du Huelgoat apparaît comme une
ressource pour les habitants qui favorisent le développement du
tourisme dès la venue de Paul Sérusier et de notables anglais à la même
période. Sur la base de ce succès touristique, un mouvement populaire
aboutira à la cessation des activités des carriers dans les chaos
eux-mêmes dès 1895 grâce aux interventions de la municipalité, du
Conseil Général et de la Société Archéologique du Finistère. La
protection s’accroît en 1903 avec le rachat d’une partie importante de
la forêt par la municipalité. C’est l’année de la première loi sur la
protection du patrimoine naturel, essentiellement orientée vers le
souci de sites à forte valeur esthétique . Parallèlement à la
législation en faveur du patrimoine naturel, le site du Huelgoat voit
sa protection renforcée par la constitution d’un grand domaine de
l’Office National des Forêts, et enfin, la création du parc naturel
régional d’Armorique qui protège le site depuis 1969. C’est d’ailleurs
le second parc naturel régional institué en France.
Cette vocation de mise en valeur des éléments naturels s’est complétée par un important jardin qui regroupe l’arboretum du Poerop et le jardin de l’Argoat, ancien jardin de l’hôpital, entretenu aussi bien pour son effet psychologique que pour la culture de plantes médicinales. Le parc qui en résulte se donne aujourd’hui pour vocation la conservation d’essences rares du monde entier. Il regroupe plus de 3500 espèces d’arbres et d’arbustes depuis 1993.










