Article publié le 11 juin 2007
Le 12 décembre 1999, un navire
de 24 ans d’existence, l’Erika, truffée de réparation et de corrosion
s’est échoué sur les côtes Bretonnes. Les autorités francaises et le
groupe pétrolier francais Total sont alors en première ligne.
Malgré l’importance de la catastrophe et des risques, l’ampleur future de la pollution n’est pas anticipée. Personne n’imagine encore que près de 400 Km de côte Bretonne vont bientôt être polluées. Les conséquences sur la faune et la flore sont immédiates en 2 semaines plus de 13000 oiseaux sont retrouvés morts soudés au sol.
Depuis 7 années se sont écoulés, et c’est au tribunal correctionnel de Paris que s’est ouvert ce mercredi 6 juin le procès de la catastrophe de l’Erika.
C’est le procès entre une entreprise privée Total, des organismes de contrôle de l’état, un affréteur et le collectif des collectivités rassemblées, autant dire l’importance et la dexterité primordiale dont les jurés vont devoir faire preuve pour naviguer entre le droit international, le droit maritime, le droit francais et les parties prenantes.
Est il simplement possible de prétendre juger de façon rationnelle un tel imbroglio de gestes entremelés sans tomber dans la caricature ou la dénonciation.
Alors lorsque le lendemain de l’ouverture du procès, j’avais justement la chance d’assister à un petit déjeuner débat organisé par l’Usine Nouvelle avec pour invité Thierry Desmaret, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre les déclarations de l’ex Président Executif de Total.
Les jours suivants le naufrage, les analyses techniques n’ont pas anticipé un risque écologique majeur ! La densité comparée entre le pétrole répandu dans la mer et l’eau ont permis seulement ultérieurement d’expliquer comment le phénomène de diffusion de la nappe de pétrole s’est progressivement amplifié jusqu’à la catastrophe que l’on connait.Nous avons tout de même un peu de mal à avaler les explications du Groupe Total.
Devant la complexification et la multiplication des échanges internationaux, je ne prétends pas pour autant dénoncer ici tel ou tel présumé coupable. Comme certains essaient de le présenter, je ne crois pas qu’il s’agisse du procès Total, ce n’est pas non plus le procès des puissants contre les autres. Les enjeux de ce procès sont aujourd’hui plus économiques qu’écologiques. Pour les avocats du procès, il va donc s’agir d’invoquer le principe de responsabilité comme prévalant au principe de culpabilité et ce pour faire face aux conséquences sur la réparation des dommages, sur les impacts au niveau du tourisme, de l’image sur la région ...
Mais en allant au delà des enjeux économiques, nous sommes, je crois, face à une interrogation sur une conception éthique de la responsabilité individuelle. En effet, si on analyse la chaîne de responsabilité, nous allons parler de la personne qui a signé l’acte déclarant l’Erika apte à naviguer, nous allons parler de la personne qui a fait les tests de vérification, nous allons parler de la personne qui a conduit le bateau et de celui qui a donné les instructions au commandant du navire, etc. etc...
Dans un autre contexte bien plus grave, Jonatan Litell dans "Les
Bienveillantes" dénoue les milliers de micro-responsabilités (page 25)
assumées par chacun pour en arriver à des catastrophes autrement plus
dramatiques comme celle causée par l’Allemagne pendant la seconde
guerre mondiale ... les taches sont segmentées de façon industrielle,
quand les ouvriers en sont réduits à exécuter des procédures techniques
... les responsabilités sont dispersées ... et finalement pour l’auteur
d’établir ce que l’on peut presque qualifier comme un théorème de la
nature humaine :
- ... je (désignant ici le narrateur) pense qu’il m’est permis de conclure comme un fait établi par l’histoire moderne que tout le monde, ou presque, dans un ensemble de circonstance donné, fait ce qu’on lui dit ; et excusez moi, il y a peu de chance que vous soyez l’exception, pas plus que moi ..."
... le parallèle entre les deux situations se situe seulement dans la compréhension de la décomposition des responsabilités et aussi dans le fait que finalement c’est seulement le hasard qui fait que l’on se retrouve du bon ou du mauvais côté !!!
A chaque maillon de la chaine, c’est seulement une contribution infime à la part de responsabilité globale qui est en jeu, si bien que nul n’est vraiment coupable ou innocent. Il n’y a pas de mouton noir dans la chaîne de responsabilité pour expliquer toute la cascade d’actions et pourtant beaucoup avait entre les mains la capacité de stopper le processus.
Cela montre plus une perte de sens dans nos sociétés, les édifices sont devenus si complexes, les taches humaines si éloignées de leur vocation, que tout cela nous éloigne de la finalité de notre travail et de la responsabilité de nos actes.
...
et vous ? comment pouvez vous agir au quotidien dans votre sphère
personnelle ou professionnelle pour changer la donne ? votre
responsabilité est certainement plus importante que vous ne le pensez ?
et votre pouvoir d’action probablement supérieur à celui que vous
croyez !
Thèmes
Biodiversité Animaux Ecologie Environnement Pollution Mer Pétrole Economie Catastrophe écologique
"Est il simplement possible de prétendre juger de façon rationnelle un tel imbroglio de gestes entremelés sans tomber dans la caricature ou la dénonciation." Vous touchez-là un point essentiel... personnellement, c’est pour cette raison-là que je n’aurais pas aimé être juge...
"Les enjeux de ce procès sont aujourd’hui plus économiques qu’écologiques. " Ils devraient aussi être politiques ! Finalement, vous insistez beaucoup sur les responsabilités individuelles mais les responsabilités politiques existent. Je rappelle que Dominique Voynet, ministre de l’Ecologie à l’époque, n’a pas du tout vu la gravité de la situation et n’a pas pris les mesures adéquates. Et peu après, JP Raffarin, premier ministre, a baissé le nombre de contrôleurs de ce genre de bateaux dans les ports de l’Hexagone pour des raisons budgétaires. Les instances étatiques françaises sont coupables au moins d’indifférence. Il y a d’autres responsabilités impliquées mais pourquoi ne parle-t-on jamais de celle de l’état français et de ses politiques ?
@l’auteur
vous avez raison de souligner cette notion de responsabilité ;
il y as celle d’une société qui choisis - le transport « le moins disant « pour transporter son produit , il semble qu’il soit aller au bout de la règle avec les conséquences que nous connaissons . ( bateau mal conçu des son lancement : problème de répartition des poids d’où une fatigue supérieure , puis après revente , réparé sans retrouver son potentiel de solidité )
un bateau dont les certificats ne sont pas à jour , et qui a exploité tous les recours pour pouvoir encore naviguer .
une météo exécrable qui as précipitée la ruine du bateau . ( ruine en chaine par cassure de l’effet poutre du navire )
une société de classification qui n’as pas fait son travail .
une société dont le DG passe beaucoup de temps à rassurer ses actionnaires sur la rentabilité de ses actions et son expansion .certainement au dépend de l’organisation interne.
Dans le jugement il y as eu demande de relaxe du responsable vetting de total et des responsables du Cross et amendes maximales demandée au propriétaire du navire , propriétaire de la cargaison , et société de classification .
D’après ce que l’on peut lire le comportement de ce pétrole as surpris tout le monde , il n’est pas resté dans le bateau au fond de la mer , dans la mer il n’avais pas un comportement prévisible . d’après nombre de photos sous marine il tapisse le fond sur une bonne épaisseur . donc non seulement il a empoisonné les oiseaux , les mammifères marins et tous les animaux qui touchent la surface , mais aussi les fond que nous sommes moins habitués à regarder . sans parler des cotes . que nous fréquentons et qui sont une zone économique et sensible au sens émotionnel .
La question qui se pose c’est jusqu’ou vas on aller ? l’Amocco est partis à la cote parce que les vérins et l’alimentation du gouvernail ont lachés , maintenant c’est la coque de l’Erika qui se brise .
comment se fait il qu’un bateau pareil puisse toucher un de nos ports , comment se fait il que Total ne communique pas sur la qualité de son transport ( ont-ils fait des efforts ? )
c’est normal qu’ à défaut d’engagement il faille taper dans leur grande poche .











