Article publié le 3 avril 2007
En droite ligne depuis la note intitulée « Sublime et haïssable Cronos
», voici un agave mexicain observé au jardin exotique de Roscoff. Cette
plante généralement énorme, une fois à maturité6, produit une
inflorescence d’une dizaine de mètres, vers l’age de 15 ans. Cette
unique inflorescence titanesque se développe ensuite et se ramifie pour
donner des fleurs en grappe. L’ensemble n’est pas sans rappeler un
arbre. A la fin de la saison, la plante qui a produit un tel organe
meurt d’épuisement… mais des rejets sont près à prendre la relève à la
base de la plante, ou bien, au Mexique, les graines se disperseront. En
France, ces fleurs ne mènent pas à la fructification puisque l’agent
pollinisateur est une chauve souris absente de notre continent… pas de
risque donc que cette plante devienne invasive.
Le phénoménal, le spectaculaire et le rare sont des catégories esthétiques privilégiées pour sensibiliser à l’environnement, car l’intérêt de cette recherche est bien là : concevoir des méthodes efficace de sensibilisation à la nature, pour transmettre autant des contenus de connaissances, qu’une prise de conscience éthique. C’est la voie historique qui va des cabinets de curiosité au Muséum National d’Histoire Naturelle.
Par exemple à partir de l’agave, déjà relativement exotique pour les européens, et dont la floraison unique et volumineuse ne manquera pas d’impressionner, on peut aisément susciter un désir de connaissance. Savoir que cette plante ne fleurie qu’une fois à maturité rend l’événement plus impressionnant, et un événement impressionnant induit une fascination que les connaissances permettent de satisfaire. C’est par exemple le principe de la collection. Le collectionneur amasse le maximum d’objets possible du domaine qui le passionne, bien sûr, mais en plus, il intègre les connaissances relatives à sa collection. En botanique par exemple, les collectionneurs de plantes grasses, afin de maintenir leurs spécimens en bonne santé, s’informent non seulement sur les caractéristiques de chaque espèce, leurs besoins nutritifs par exemple, mais aussi sur leurs environnements naturels pour déterminer les besoins en luminosité ou la possibilité de pollinisation par exemple. Le développement de ces connaissances est à son tour favorable à la prise de conscience des problèmes environnementaux.
Par exemple, qui prête attention aux papillons, et particulièrement les passionnés des lépidoptères, aura remarqué la raréfaction de nombreuses espèces en France, et en déduira les causes entre pollutions chimiques et organisation du territoire. Pensons à un autre problème qui entre dans la catégorie du spectaculaire, la floraison des bambous… comme les agaves, les bambous ne fleurissent qu’une seule fois, puis ils meurent, mais le soucis, c’est que les bambous d’une même espèces fleurissent tous en même temps sans que l’on sache pourquoi… sur des cycles très longs, certaines espèces fleurissent tous les deux cent ans par exemple, et nous ne savons pas pour chaque espèce quand est ce que le problème se présentera. Dans les forêts chinoises traditionnelles par exemple, plusieurs espèces de bambous cohabitaient, ainsi lorsque l’une fleurissait, la bambouseraie ne mourrait pas intégralement.
Or, avec
l’artificialisation croissante des environnements, la plupart des
bambouseraies actuelles ne se composent que d’une seule espèce… donc
lorsqu’elles fleuriront… et mourront… la zone considérée, qui peut être
très vaste, ne permettra pas la survie des espèces qui en dépendent…
comme les pandas… qui seront condamnés à mourir de faim si l’homme
n’intervient pas, en plus de la perte des protections offertes par le
couvert végétal.
C’est là aussi une caractéristique de l’esthétique de la nature pour la
protection du patrimoine naturel. Les espèces spectaculaires, rares, ou
à forte valeur symbolique ou affective, comme le panda, symbole du WWF,
servent d’« espèces parapluies ». C’est-à-dire que la protection de ces
espèces implique la protection du biotope dont elles ont besoin, ce qui
est favorable à de nombreuses autres espèces. Ce n’est pas la méthode
de gestion du patrimoine naturel la plus scientifique, ni la plus
englobante, mais elle est d’une grande efficacité. Les espèces
parapluies, comme le panda, sont un vecteur efficace pour la protection
de l’environnement, non seulement en terme de communication et de
visibilité de résultat mais aussi pour la levée de fonds.
C’est là un biais efficace parce que la prise de conscience éthique est favorisée par la relation subjective à l’objet dans l’expérience esthétique. En effet, si l’environnement reste une notion diffuse, ou si les actions menées en sa faveur sont méconnues, l’implication du grand public ne se fera pas. Par contre, avec les espèces parapluies, assez connues, un lien affectif propre à l’expérience esthétique est facile à favoriser et il permet d’inclure l’affect dans la relation à la nature, pivot puissant pour le mobilisation du public.
Dingue, la photo !
J’ai cru à une macro en contre-plongée d’une pointe d’asperge !
Convergence, convergence...
Merci !
Toutes les photos de mes notes sont d’Olivier Martin Delange, vous pouvez visiter notre blog commun http://ecologie-esthetique.blogspir... ou son photoblog :http://omd2.blogspirit.com/
Bien à vous,
Loïc Fel
Pour être franche l’article m’a paru un peu touffu... mais la photo en haut m’a tout de suite fait penser à la Casa Milla, Barcelona, oeuvre de l’architecte Gaudi... vous savez les cheminées qui font aussi penser à des guerriers de la guerre des Etoiles ! ;-)










