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Changement climatique et forêts : protéger d'abord, planter ensuite 1/2

Article publié le 3 mai 2007

Les forêts et le sol stockent à l’heure actuelle 28 % des émissions de CO2 atmosphérique. Pour Vincent Gitz, chercheur au Cirad, il est préférable non seulement de préserver les forêts existantes mais aussi de garantir cette capacité de stockage pour l’avenir. Il vient de recevoir, pour sa thèse, le prix Le Monde de la recherche universitaire.

Changement climatique et forêts : protéger d'abord, planter ensuite 1/2

Quelle est la place des puits de carbone parmi les solutions visant à réduire les émissions de CO2 dans l’atmosphère ? Alors qu’aujourd’hui les dernières conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) placent, de manière certaine, l’homme au banc des accusés du réchauffement climatique, la question n’est toujours pas tranchée. Ces dernières années, la croissance des émissions fossiles s’est accélérée : + 3,3 % par an en 2005 contre + 0,8 % par an entre 1990 et 2000. Cette accélération conduit à relativiser le rôle des émissions de CO2 imputables à la déforestation tropicale au sein du problème climatique global. Cependant, cette question de la déforestation et celle, plus large, du stockage du carbone seront indiscutablement à l’ordre du jour de l’après-Kyoto, à partir de 2012.

Au travers de sa thèse, Vincent Gitz, chercheur au Cirad, apporte certains éléments de réponse. Il montre notamment que la déforestation tropicale doit trouver sa place au sein des négociations. Les conséquences d’une déforestation non maîtrisée seront majeures pour le climat global. L’idée est simple  : un écosystème forestier n’est pas seulement un stock de carbone statique mais aussi un processus dynamique qui retire du carbone de l’atmosphère. Cette dynamique est caractérisée par un temps de résidence élevé du carbone dans l’écosystème, correspondant à la durée de vie des arbres et du carbone organique dans le sol. Ainsi, la perte des forêts est à terme plus dommageable pour le climat que le simple déstockage, lors du défrichement, du carbone qu’elles contenaient.

Carbone fossile et carbone stocké dans les végétaux ne peuvent être comptabilisés de façon équivalente

Par ce phénomène, les écosystèmes forestiers compensent aujourd’hui plus d’un quart de l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère. Les écosystèmes de remplacement, prairies ou cultures issues du défrichement, recyclent en effet le carbone plus rapidement et leur capacité de stockage est moindre. Si la déforestation se poursuit au XXIe siècle sur le rythme actuel, la perte d’une tonne de biomasse forestière engendrera une augmentation du CO2 atmosphérique supérieure de 55 % à celle qui aurait lieu via une tonne d’émission de CO2 issue du carbone fossile. Dans un tel scénario, en 2100, la concentration en CO2 serait supérieure de 60 parties par million (ppm) aux projections actuelles, qui se situent, toujours pour ce scénario, autour de 800 ppm. A titre de comparaison, la concentration de CO2 aujourd’hui présente dans l’atmosphère est de 380 ppm.

Pour le chercheur, la distinction entre carbone fossile et carbone stocké dans les végétaux via la photosynthèse est fondamentale. Les instruments gagneraient probablement à ne pas être «  mis dans le même sac ». L’évidence scientifique le suggérait déjà à l’époque des négociations de Kyoto : les émissions liées à la combustion du carbone fossile se situent en effet en dehors du cycle naturel à l’échelle du siècle ou du millénaire, tandis que la forêt est un réservoir actif, absorbant continuellement du carbone, via la photosynthèse, et en rejetant via les canaux de respiration. Cependant, la fusion des deux options – recours aux puits et engagements de réduction fossile – en une seule était inévitable. Sur le plan diplomatique, certains pays du Nord avaient en effet beaucoup à gagner à rendre fongibles les deux modes d’émission dans un quota carbone unique : l’inclusion de la forêt allégeait d’autant les efforts requis sur le plan énergétique pour respecter les engagements.

Des réserves de terres destinées à la plantation en cas de mauvaise surprise climatique

Cependant, les forêts ne peuvent que représenter une solution temporaire parmi les mesures de réduction d’émissions de CO2, et l’effort fossile doit être prioritaire. Il est, en outre, nécessaire de considérer avec prudence l’emploi des plantations en substitution à la réduction de l’utilisation du carbone fossile. D’une part, les forêts ne peuvent stocker qu’un volume de carbone limité et, d’autre part, le maintien de ce carbone en place impliquerait de renoncer au revenu d’activités agricoles, coût qui serait alors à supporter de façon permanente, voire croissante. Cela remet en question l’efficacité d’une « immobilisation » trop précoce de terres à des fins de plantations. En revanche, en cas de mauvaise surprise climatique, disposer de terres pouvant être reboisées permettrait de faire face à une accélération brutale des efforts requis. La séquestration biologique est certes utile aujourd’hui, les dommages étant effectivement évités sur le court terme. Cependant, dans une stratégie de « précaution », elle le serait plus encore, en cas d’ajustement nécessaire à l’effort fossile dans l’avenir.

Pour en savoir plus :

Web :
Le Cirad et le changement climatique : http://climat.cirad.fr
A propos de la déforestation (Animation Flash, 1753 Ko)
Le palmier à huile, candidat au stockage du carbone (Actualité, 16-11-05)

Références bibliographiques :
Gitz V., 2004. Changement d’usage des terres et politiques climatiques globale. Thèse de doctorat de l’Engref, Paris, France, 438 p.
Gitz V., 2005. Planter des forêts : une solution contre le changement climatique ? Présentation soumise au prix Le Monde de la recherche universitaire, 8e édition.


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commentaires
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par Jean-Marc Hauth (IP:xxx.xx2.111.1) le 23 juin 2007 à 00H32

Pour faire (re)pousser les forêts il serait bon des faire remonter les nappes d’eau souterraines avant qu’elles continuent d’être surexploiter....

http://perso.wanadoo.fr/biefs.dupilat/


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