Article publié le 5 août 2008
Eduardo Kac prétend avoir inventé une nouvelle forme d’art : l’art transgénique ou “bio-art”. Il milite pour le développement des biotechnologies, et l’appropriation des techniques de transgénèse par les artistes afin de créer de nouvelles espèces génétiquement modifiées.
L’ignorance de ce qu’est la science et la biologie moderne transparaît
de manière évidente dans ses propos, qui amalgament notamment les
notions de biodiversité et de transgénèse.
La transgénèse utilise la technique de
l’ADN recombinant pour introduire artificiellement des séquences
génétiques construites en laboratoire dans les cellules d’organismes
hôtes en développement. Les plantes et animaux transgéniques ne sont
pas de nouvelles espèces ou variétés, mais des espèces et variétés
modifiées génétiquement, selon l’imagination des chercheurs en
génétique. Cette modification intentionnelle des organismes est
clairement anthropocentrique , et selon des artifices détournant des
mécanismes naturels, selon une vue réductionniste de l’ADN et de son
rôle chez les organismes vivants. Une extrapolation issue de cette
technique est la croyance erronée véhiculée par certains groupes, que
les généticiens sont devenus maîtres de l’évolution biologique. En
fait, la technique de transgénèse est très aléatoire, et sa
signification biologique reste très peu claire et non encore
véritablement étudiée au regard de la biologie théorique.
La biodiversité, quant à elle, est une
notion éco-systémique créée dans les années 80 pour analyser et
constater l’impact des activités humaines sur la nature et
l’environnement. Cette notion se base sur celle de “diversité biologique”(Lovejoy,
1980), inhérente à l’évolution dans son acceptation scientifique et
biologique du terme. Les animaux et plantes transgéniques n’étant pas
de nouvelles espèces biologiques dans le cadre de la théorie de
l’évolution, ils ne concernent nullement la notion de biodiversité, ou
alors dans le sens que leur diffusion massive dans l’environnement peut
effectivement poser problème quant aux questions relatives à la
biodiversité, en tant que synonyme de diversité biologique naturelle,
compte tenu de la dissémination des transgènes dans la nature par
différents modes de transferts biologiques et géologiques.
Aussi, quand Eduardo Kac affirme : « Comme au moins une
espèce menacée disparaît tous les jours, je suggère que les artistes
contribuent à accroître la biodiversité en inventant de nouvelles
formes de vie. »(1), cela montre que cet artiste n’ a clairement
compris ni l’une ni l’autre de ces notions, et qu’il n’a clairement
aucune idée de ce qu’est la théorie scientifique de l’évolution.
D’autre part, quand il affirme de manière péremptoire : « Nous commençons à peine à réaliser que nous sommes nous-mêmes des microchimères, des êtres transgéniques. »(2),
son incompréhension de ce qu’est la technique de l’ADN recombinant est
claire, et montre une fois de plus que des penseurs idéologues, comme à
toutes les époques, entendent détourner la science et les activités
scientifiques à des fins politico-sociétales.
Mais plus grave, quand Bernard Debré, scientifique de formation et membre du comité consultatif national d’éthique (CCNE) déclare également : « les hommes sont eux-mêmes des OGM en raison de leur adaptabilité au milieu, laquelle a pris des milliers d’années. »(3),
il devient clair que le débat sur l’utilisation des techniques de l’ADN
recombinant a pris une tournure très malsaine et frauduleuse dans la
société, et au cœur même des instances décisionnelles. Comme la vision
de Kac d’un monde transgénique, qui ne se fonde que sur des
extrapolations fantaisistes et spéculatoires de la science et de
l’usage des techniques scientifiques, la communication gouvernementale
et de certains organismes sur les OGM, traduisent au mieux un amalgame
grotesque, au pire une propagande idéologique et commerciale
décomplexée, et complètement déresponsabilisée.
Cette idéologie biotechnologique a déjà séduit des scientifiques
irresponsables, notamment aux États-Unis, pays qui a imposé les OGM à
la population sans aucun étiquetage, et transformé la recherche
technique scientifique en moyen de production de marchandises
brevetées. En effet, le renommé Massachussets Institute of Technology (MIT)
a publié un livre dirigé par Kac sur l’ “art transgénique” en décembre
2007, intitulé “Sign of lifes, Bio-Art and beyond”, et l’activité de
Kac a été largement diffusée dans de nombreux journaux consacrés à
l’art moderne. Joe Davis, biologiste moléculaire travaillant au MIT,
est également connu pour ses activités artistiques dans le cadre des
activités de son laboratoire et a participé au livre, avec une dizaine
d’autres universitaires, scientifiques ou artistes s’étant investis
dans cette nouvelle “discipline”.
Nul doute que cette idée d’art transgénique(4) doit ravir les tenants
de l’agroindustrie et des multinationales de la biotechnologie OGM, qui
voient ainsi leur propre idéologie renforcée et promue dans le grand
public.
Malheureusement, à force de faire prendre la science pour ce qu’elle
n’est pas, de la détourner et de manipuler le vivant à des fins
puériles et égocentriques, s’impose peu à peu l’idée fausse que la
technique peut tout faire et n’importe quoi.
Soyons donc très clair, et refusons cette logique irrationnelle et du spectaculaire : on ne peut pas tout faire et n’importe quoi avec le vivant.
Non seulement pour des raisons de sécurité sanitaire et
environnementale, pour des raisons de vigilance contre les dérives de
type technocratique, pour des raisons de salubrité intellectuelle et de
sérieux scientifique, et enfin, parce que les décisions prises
aujourd’hui par quelques initiés de l’agroindustrie et de la
biotechbusiness engagent non seulement les citoyens d’états
particuliers, mais aussi la population mondiale toute entière, comme le
dénote les pressions de l’OMC pour imposer les OGM agricoles dans le monde sous prétexte de la libre circulation des “marchandises”.
Une interview d’Eduardo Kac est prévue sur France24 dans le magazine Futur
courant septembre 2008, mois décidément chargé pour les communiquants
de la biotechnologie, puisque l’Académie des Sciences organise les 15
et 16 septembre prochain un colloque de promotion des OGM végétaux, en
partenariat avec l’industrie génétique et pharmaceutique.
(1) Le guide des chimères, Libération, lundi 9 juin 2008
(2) ”Chiens verts et autres chefs-d’œuvre”. Un animal transgénique
peut-il être considéré comme une œuvre d’art ? par Philippe Chartier,
Québec Sciences, Septembre 1999.
(3) Il est interdit d’interdire les OGM : le retour annoncé du mon68. Anti-OGM.info, 16 mai 2008, Agora Vox, 17 mai 2008
La politisation du CCNE est dès le départ questionnable : Bernard Debré étant également un député UMP.
(4) L’art à l’ère des biotechnologies, Mathieu Noury, éditions Le Manuscrit, 05/09/2006
Thèmes
"...que les généticiens sont devenus maîtres de l’évolution biologique...." ne fait pas d’eux des Dieux. Il ne suffit pas de toucher de près l’infiniment petit pour devenir en un tour de main " créateurs du monde " sous prétexte d’avoir été, pour un instant, créateur de vie par modification d’un OGM.
Ces artistes mégalos qui acceptent la spéculation faramineuse autour de leur toiles à quarente millions d’euros, se prennent pour Dieu simplement en trafiquant la matière vitale.
Ils trimballent derrière eux toute une cour de lèche bottes qui leur laissent croire qu’ils touchent le ciel, et forment une jet-set complètement en dehors du temps réel...
J’irai cracher sur vos toiles...
Information : le titre original de l’article est : "Bio-Art : Une idéologie fausse et dangereuse qui a déjà séduit des scientifiques irresponsables"
Pour répondre au commentaire ci-dessus : non, la question ne se pose même pas, puisque les ingénieurs généticiens ne contrôlent pas le processus de l’évolution, dont les hommes font aussi partie en tant qu’organisme biologique. Les généticeins sont très loin d’en comprendre les mécanismes, et ne le pourront certainement jamais en totalité, car la science est toujours incomplète par sa nature même. Il s’agit clairement d’une lubbie de savants fous que de prétendre crééer de "nouvelles espèces" par transgénèse, technique qui n’a rien à voir avec les mécanismes de l’évolution.
D’autre part, cet article n’est pas une critique de l’art, mais concerne le détournement de la science et des avancées techniques par quelques "initiés" idéologues.
Anti-ogm.info n’est pas un site destiné à faire du lèche-bottes, et encore moins quand celles-ci résonnent en rythme militaire.
Outre l’aspect fantasmagorique des idées du "bio-art", de nombreux scientifiques se dévouent également pour la recherche biotechnologique dans le cadre de programmes d’"intérêts nationaux".
Depuis le 11 septembre, aux Etats-Unis, les budgets de défense dans ces domaines ont été considérablement augmentés, et le comité d’éthique national, dont la charte a expiré en octobre 2001, n’a pas été reconduit, pour dépendre exclusivement de la Maison-Blanche. Un tel dévoiement politique des considérations éthique et scientifique dans le domaine de la recherche en biotechnologies n’est pas un gage d’équilibre au regard de la géopolitique internationale, favorisant une concurrence et une direction des recherches en biotechnologies plutôt inquiétante.
faire une oeuvre d’art avec de la vie !! l’arrogance des cuistres incultes. depuis qu’ils se sont penchés sur les genes pour jouer les apprentis sorciers, prétendant déterminer le tout a partir des composants, ils me font penser à ces observateurs du petit qui croyaient expliquer les cathédrales à partir du moellon.
sans vouloir faire de polémique moi je suis juste passionné par les images qui ressortes de tous les microcosmes électroniques, j’en fait des slideshow ou des vidéos avec des illustrations sonores ... c’est une passion sans plus ... rien de dangeureux ... mais je penses que depuis trois ans la biologie moléculaire n’est plus la même depuis l’avènement de l’épigenetique ...
http://www.dailymotion.com/davidaubrun slide show, microbiologie djzentao-microbe-world-tour-2008 http://daubrun.free.fr/zentaoslides...
Cher grand artiste,
Je pense que votre grand désir d’être absolument original vous a fait confondre "microcosmes" et "microscopes"... Mais vous êtes tout excusé, tout le monde sait bien que l’esprit des grands artistes est très au-dessus de ce genre de détail.
@ anti OGM
A noter que l’utilisation artistique des OGM a été pressentie par la science fiction . Dans la trilogie d’ Hyperion , de Dan Simmons , la mode est de se faire greffer des gènes pour acquérir une particularité morphologique . Dans la trilogie de Mars , de Kim Stanley Robinson , l’une des protagonistes du roman s’est fait greffer le " gène de ronronnement ", afin de pouvoir ronronner lorsqu’elle est dans les bras d’un amant !
Pendant toute l’histoire de la vie sur Terre , il y a eu des périodes prolongées d’évolution très graduelle , suivie de brèves périodes d’intense remaniement avec " redistribution des cartes " évolutives , par exemple la brève période de transition crétacé paléocène , ou encore la transition plus longue entre le permien et le trias , dans lesquelles des bouleversement planétaires brutaux servent d’accélérateur à l’évolution . Il est possible que nous soyons à l’une de ces périodes-charnières , il est impossible de prévoir quel pourrait être le devenir évolutif de lapins fluorescents ( pour citer un exemple de " bio-art " ) , ou de n’importe quelle autre créature génétiquement modifiée .
Dommage que le docteur Frankestein n’est pas connu le bio-art..
L’art aussi est un outil de combat, les industriels ne l’ont pas oublié. Surtout si ça va dans le sens d’un des péchés (la lâcheté et le mensonge à soit même ici), la manipulation sera d’autant mieux acceptée par l’esprit faible.
Oui, le courage est bien ce qui manque le plus en ce bas monde de nos jours.
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