
En
2003, la Croatie crée une zone écologique de pêche (ZERP) afin de
protéger les réserves halieutiques. La zone en question fait 57.000 km2
dans l’Adriatique. Après adoption du projet par le parlement croate,
projet soutenu par les pêcheurs et les organisations environnementales,
le gouvernement renonce en 2004 à appliquer les règles de sa zone
protégée aux pays membres de l’UE dans le cadre de ses efforts pour
adhérer à l’Union. Ce sont en particulier ses proches voisins l’Italie
et la Slovénie qui y sont le plus hostiles. Finalement le parlement
croate fixe l’application du projet à tous les pays au 1er janvier
2008. Or la date butoir est arrivée, la loi est entrée en vigueur, un
bateau italien a été arrêté et condamné dès le 3 janvier pour avoir
pêché dans la zone protégée. Aussitôt, l’Union européenne, présidée
actuellement par la Slovénie, a lancé un appel urgent à la Croatie de
ne pas mettre en application la zone de pêche protégée dans
l’Adriatique afin d’éviter des conséquences négatives pour l’examen de
sa demande d’adhésion à l’UE. La Slovénie est hostile à la zone
écologique à cause de la question toujours non-résolue de la limitation
des eaux territoriales entre les deux pays depuis leurs déclarations
d’indépendance en 1991, l’Italie parce qu’elle ne veut pas qu’on
supervise sa pêche.
Cette histoire ressemble une fois de plus à David contre Goliath. C’est aussi intérêt écologique contre intérêts économiques. L’Italie possède plus de 17000 bateaux de pêche et se classe deuxième derrière l’Espagne en Europe pour l’emploi dans ce secteur. Les Italiens pêchent 300,000 tonnes dans l’Adriatique chaque année contre 30,000 pour les Croates et 3,000 pour les Slovènes. Les Croates accusent les Italiens de dévaster les zones de pêche mettant en péril leur économie. La Chambre d’économie croate a calculé que le pays perd 250 million euros par an en laissant les Italiens pêcher sans contrôle dans l’est adriatique. La zone écologique est également utile pour le tourisme, qui base sa communication sur la pureté de la côte adriatique. « Tout le monde pense qu’on veut garder le poisson pour nous et nous débarrasser des pêcheurs italiens. La raison pour laquelle nous voulons voir appliquer la zone de protection c’est que nos enfants et petits enfants puissent avoir assez de poisson pour vivre. C’est notre devoir en tant qu’humain de préserver les ressources marines » explique Luciano Bose président du syndicat des Pêcheurs croates.
Davor
Vidas, expert en droit maritime estime que Zagreb a toute légitimité
pour imposer sa zone écologique de pêche mais s’y est très mal pris.
L’idée de cette zone protégée remonte à 2001. La proposition d’alors
était de créer une zone économique exclusive rattachée à la Convention
des nations unies sur le droit de la mer. Le Parlement a rejeté l’idée
craignant l’opposition de l’UE. Une erreur, selon certains, la Croatie
était loin de l’entrée dans l’UE et cette dernière l’aurait alors
acceptée telle quelle avec ses lois. Au lieu de cela, le gouvernement
soucieux de ne pas mettre en péril ses négociations pour l’adhésion, a
reculé, tergiversé…. Les élections de la fin de l’année n’ayant pas
permis de dégager une majorité nette, l’affaire est restée en suspens.
Le 8 janvier, le Premier ministre Ivo Sanader a enfin réussi à former
une coalition, donc histoire à suivre.
Il reste que sur le terrain, l’application de la loi risque d’être difficile, la Croatie n’ayant pas assez de vedettes de patrouille ni de moyens radars. Il y a bien un plan d’investissement de 22 million euros mais ça va prendre quelques années avant de voir les résultats concrets. En quatre ans, rien n’a vraiment avancé malgré les intentions louables du départ et ce sont les petits qui trinquent comme d’habitude.












