NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
Digérer le lait ou pas ? Petite histoire d'une intolérance

Article publié le 16 juin 2010

Thèmes

Allergies

Lait

 

C'est l'histoire du Gène de persistance de la lactase, et de l'intolérance au lactose à travers les âges et les civilisation.

Le lactose est un sucre présent dans le lait, dégradé en galactose et glucose sous l’effet de l’enzyme lactase. A l’état ancestral, l’Homme est incapable de digérer le lactose du lait car il perd la lactase à l’âge adulte. Mais une mutation génétique est apparue dans l’histoire de l’humanité, conférant à l’Homme un gène de persistance de la lactase, lui permettant de mieux digérer le lait. Selon les populations, la fréquence de ce gène est très variable : par exemple, en Europe, 80% de la population le possède tandis qu’en Asie Centrale, seuls 20% à 30% peuvent digérer le lactose.

Il semble que les individus porteurs du gène de persistance de la lactase partagent également de nombreuses autres mutations (autour de ce même gène). Ceci est un signe indiquant que ce gène a probablement été conservé par sélection naturelle. Une corrélation entre une tradition ancienne d’élevage et une fréquence élevée du phénotype « capable de digérer le lactose » a été observée et la période au cours de laquelle la mutation serait devenue avantageuse semble correspondre au moment de l’essor de « l’industrie » laitière. En réalité, au moins deux mutations différentes auraient été sélectionnées en Europe (entre -5000 et -10000 avant JC) et en Afrique (entre -3000 et -7000 avant JC), les deux aboutissant au même résultat de conservation de la lactase à l’âge adulte. Mais d’où est venu l’avantage sélectif fort qui a permis à la mutation de devenir majoritaire dans certaine population ? La première hypothèse suggère qu’au sein d’une population pastorale consommant beaucoup de lait, ceux qui toléraient le lactose auraient eu un avantage reproductif par rapport à ceux qui ne le toléraient pas : en effet, le fait d’être intolérant au lactose implique une mauvaise digestion (du lait), qui peut jouer défavorablement sur la capacité à se reproduire. La seconde hypothèse propose que les tolérants au lactose aient bénéficié d’une série d’avantages directs du fait de pouvoir boire du lait, à savoir par exemple, une meilleure hydratation ou encore un apport plus élevé en calcium (avantage particulièrement crucial pour les populations du Nord, qui manquent également de vitamine D à cause du faible ensoleillement et qui présentent d’ailleurs souvent un taux élevé de tolérants au lactose).

Des expériences menées sur des populations d’Asie Centrale ont tenté de vérifier l’hypothèse d’un lien entre le mode de vie pastoral et la sélection du gène de persistance de la lactase.

Pour mettre en évidence la présence de ce gène, on mesure la glycémie au bout de 20 à 40 minutes après ingestion d’une grande quantité de lait : s’il y a un pic de glucose, cela signifie que le lactose du lait a été digéré et donc que la lactase est conservée. On teste également la présence d’hydrogène intestinal au bout de 2 heures, celle-ci attestant d’une mauvaise digestion du lactose et permettant de confirmer l’absence de la lactase.

Les résultats ont tout d’abord montré que la mutation, identique à celle des pays d’Europe du Nord et probablement apparue en Asie Centrale à la même époque, n’était présente que dans 20 à 30% des cas, c’est-à-dire beaucoup moins qu’en Europe. En outre, il est apparu que la persistance de la lactase n’était pas significativement plus fréquente chez les populations d’éleveurs (30%) que chez les agriculteurs (20%), ce qui semble contredire l’hypothèse de départ. Une explication possible de ce phénomène serait que les éleveurs d’Asie Centrale ne consomment le lait que sous la forme fermentée, ne nécessitant pas la présence de lactase pour être digérée (ce sont les petites bactéries qui font tout le travail !) ; chez ces peuples, la persistance de la lactase n’aurait donc pas eu un avantage sélectif suffisamment fort pour s’installer dans la majorité des génomes.

Ainsi, on peut conclure que le seul changement de mode vie ne suffit pas à expliquer la sélection de la persistance de la lactase ; en revanche, le fait de se mettre à boire du lait (non fermenté) est probablement une condition favorisant l’ancrage de cette mutation dans le génotype des populations. Cependant, son fort avantage sélectif lié à une meilleure capacité de digérer le lait est discutable car, en réalité, l’effet de la consommation de lait chez les intolérants au lactose est très variable et dépend beaucoup de la dose ingérée… à tel point que certains ne s’aperçoivent même pas de leur incapacité à digérer le lactose !

Merci à Valérie pour ce reportage au colloque "Civilisation du lait" de l'OCHA

Thèmes

Allergies

Bookmark and Share
3 votes

commentaires
Les Auteurs deAlimentation
Valerie B - 1 articles
Béatrice de Reynal - 209 articles
Anissina - 5 articles
ble2 - 35 articles
La Nature dans la Peau - 6 articles
Samuel - 1 articles
BelleAuNaturel.net - 33 articles
Philippe - 6 articles