Article publié le 1er juin 2007
Hai Lan vit depuis six mois à Pékin. Travaillant dans une grande institution internationale, cette francophone rompue aux questions d’environnement nous embarque jusqu’à la fin de l’année dans son Vert de Chine. Une chronique hebdomadaire forcément subjective qui décortiquera pour “Le Soir” les mille et une facettes des enjeux écologiques gigantesques auxquels la Chine est confrontée. Elle plonge sa plume dans une étrange sauce à la parafine…
« Miam miam » en chinois, c’est comment ?
Depuis quelques semaines, le pays du milieu est secoué par des scandales sur la qualité de la nourriture fabriquée en Chine… Moi qui adorait les petits magasins bio de Bruxelles, et surtout qui adore manger (tout court), me voici en proie à un effroyable dilemme : que manger ?
Un millier de chiens sont morts aux Etats-Unis à cause de la nourriture « made in China », du poison a été retrouvé (grâce à la vigilance des autorités panaméennes) dans deux marques de dentifrice chinoises…. Certes, je ne me nourris ni de pâté pour chien ni de dentifrice, mais vous avouerez que ça donne froid dans le dos, non ? ! Que dire quand je découvre dans le canard local (China Daily… canard laqué tellement il est contrôlé) que certains fabricants de noodles (alimentation de base sous cette latitude) ajoutent de la parafine pour leur donner un plus bel aspect ? Que penser du kilo de bœuf à moins de deux euros qui a toujours un goût succulent ? Le doute s’instille, mon ventre se tort dans tous les sens…
Et voilà que la nouvelle tombe : l’ex-responsable de l’agence alimentaire chinoise, Zheng Xiaoyu, vient d’être condamné à mort (oui, ça se fait ici…) mardi dernier. Cet homme âgé de 62 ans qui a tenu les rennes de cette agence de 1998 à 2005 vient d’être reconnu coupable de corruption…. Tout s’éclaire : pendant que certains s’obstinent à publier une législation – somme toute assez dense sur la sécurité alimentaire - d’autres s’emploient à la contourner.Ce pauvre Monsieur Zheng n’est certainement que la face visible de l’iceberg et devient l’exemple de la politique anti-corruption du Président Chinois. Quoiqu’il en soit, il n’en reste pas moins que la qualité de la nourriture en Chine, pays où la cuisine est un acte social hautement important, est un facteur d’inquiétude majeur. Le nombre de cancer de l’estomac, anormalement élevé, atteste cette triste réalité.
Alors, quand je croise au coin d’une rue bondée de pots d’échappements, quelques paysans venus en ville pour vendre leurs légumes, je m’empresse de leur acheter la moitié de leur stock… En espérant que ces quelques yuans leur permettront de manger à leur tour. Et que mon estomac ne sera pas figé dans la parafine…
Pékin, Hai Lan, le 30 Mai 2007
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