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Un espoir pour l'Ethiopie : la labellisation des plus grands crus de café

Article publié le 11 mai 2007

Starbucks Coffee - la plus grande chaîne multinationale de cafés - et l’Office Ethiopien de Propriété Intellectuelle (EIPO) viennent d’annoncer la signature prochaine « d’un accord de licence, de distribution et de promotion qui reconnaît l’importance et l’intégrité des cafés de spécialité éthiopiens ». Il aura fallu plus de deux ans pour aboutir à ce résultat tant Starbucks - dont la réputation repose pourtant en grande partie sur ses bonnes pratiques en matière de commerce équitable - aura traîné les pieds dans cette affaire. C’est donc un obstacle de taille qui est franchi sur le chemin de la labellisation des grands crus de café éthiopiens, dont l’enjeu à terme pourrait être des revenus supplémentaires estimés à quelque 88 millions de dollars par an pour les petits cultivateurs locaux. Autant dire que la « voie éthiopienne » est certainement observée avec attention par d’autres pays en développement.

Un espoir pour l'Ethiopie : la labellisation des plus grands crus de café

Considérée - avec le Yemen - comme le berceau mondial du café, reconnue pour la qualité de sa production et notamment pour la spécificité des cafés de ses principales régions - Harar, Yirgacheffe et Sidamo - l’Ethiopie n’en demeure pas moins l’un des pays les plus pauvres de la planète.

Les grands crus éthiopiens sont pourtant vendus au détail dans les pays développés à un tarif bien plus élevé que les cafés classiques.

Anthony Wild, historien et auteur de l’ouvrage « Le café - une sombre histoire » estime que le déséquilibre est tel que, même si l’on augmentait de 1000 % la part consacrée à la rémunération de la matière première, l’effet final sur le prix de l’expresso serait limité à un modeste +5%.

Alors que les consommateurs du Nord sont de plus en plus friands de ces « grands crus », notamment via des chaînes comme Starbucks Coffee dont les profits connaissent des taux de croissance à deux chiffres, les producteurs locaux, eux, continuent à ne percevoir qu’une « prime » très faible, de l’ordre de 10 à 30 cents par rapport au prix de marché d’un café lambda.

Et si cet état de fait porte bien évidemment tort à la population du pays (4 millions de petits producteurs et revendeurs et leurs familles vivent - ou plutôt survivent - du commerce du café), il engendre également un risque pour l’avenir du côté des importateurs, puisque certaines plantations d’Harar commencent déjà à être remplacés par des cultures de narcotiques, perçues comme plus rentables.

Déprimant non ?

Heureusement, le gouvernement éthiopien pourrait finalement avoir trouvé le moyen de faire du café un moteur pour son développement économique et social.

Grâce à l’assistance technique de Light Year IP - ONG spécialisée dans le développement par le droit à la propriété intellectuelle - et au soutien financier du Département du Développement International britannique (DFID), l’Office Ethiopien de Propriété Intellectuelle (EIPO) a entamé dès fin 2004 les démarches nécessaires à l’enregistrement, dans les différents pays développés, des marques Harar, Yirgacheffe et Sidamo.

Elle est là, l’idée de génie. Il s’agit d’éviter la « privatisation » par les multinationales du café des noms de ces trois régions d’Ethiopie et de faire en sorte que le « goodwill » ou valeur incorporelle inhérente au Harar, Yirgacheffe ou Sidamo aille à terme dans la poche du petit producteur et non uniquement dans celle des multinationales.

Ce projet rencontre bien évidemment des obstacles.

L’Australie par exemple, refuse le dépôt de marque, considérant que Harar, Yirgacheffe et Sidamo sont des noms génériques et ne peuvent donc pas faire l’objet d’une protection particulière. L’EIPO a donc commencé à constituer un dossier avec les éléments de preuve étayant juridiquement sa demande, bénéficiant pour ce faire de l’aide gratuite d’un prestigieux cabinet d’avocats américains.
Dans d’autre pays, le problème vient au contraire du fait que des entreprises privées ont une antériorité sur le dépôt de ces trois marques. Dans chaque cas, des négociations ont été entamées par l’EIPO avec les parties et des voies d’accord ont été, ou sont sur le point d’être trouvées, notamment avec la société Neuform en Allemagne et la société UCC Ueshima Coffee au Japon.

L’obstacle principal, qui vient donc enfin d’être levé, c’était le refus de Starbucks Coffee de renoncer à une marque antérieurement déposée - “Shirkina Sun-Dried Sidamo” - et cela malgré les tentatives de négociation de l’EIPO, qui offrait en contrepartie une licence mondiale gratuite sur la future marque Sidamo.

Starbucks Coffee, après il est vrai une campagne véhémente orchestrée par Oxfam International qui a mobilisé plus de 90 000 consommateurs, a abandonné ses réticences initiales et s’est finalement réjoui le 3 mai dernier, par la voix de son président Howard Schultz de cet accord qui permettra d’« approfondir nos relations avec le gouvernement éthiopien ».

Je lève mon « Café Lattè » à ces paroles pleines de sagesse et sans nul doute porteuses d’un espoir nouveau pour les fermiers éthiopiens.

Pour en savoir plus :

http://www.lightyearsip.net/index.shtml
http://www.poorfarmer.blogspot.com/
http://theethiopianamerican.com/

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commentaires
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(IP:xxx.xx3.239.67) le 11 mai 2007 à 15H11

Article très intéressant, comme je les aime. Du concret. Bravo !

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par Medias (IP:xxx.xx0.106.219) le 11 juillet 2007 à 11H33

Surement que le marché du café y est interessant pour Starbucks... mais comment sera-t-on au courant de l’accord ? Parlons en du gouvernement... http://www.leblogmedias.com/archive...


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