Article publié le 14 janvier 2008
Le gouvernement vient donc de lancer la procédure pour suspendre le maïs transgénique MON810. Pourquoi ? Sur quelles bases ? Pourquoi tant de polémiques ?
Avant toute chose, je tiens à préciser que je ne suis pas un anti-OGM.
Cela fait maintenant 20 ans que l’insuline que reçoivent les diabétiques est faite à partir de bactéries génétiquement modifiées. Ce procédé est au point et permet de soulager la vie de milliers de personnes et de leur famille. D’autre part, ce qui sort du laboratoire, ce n’est pas la bactérie modifiée génétiquement mais la protéine qu’elle a produite.
En résumé et si l’on prend les deux plateaux d’une balance, on a du côté "avantages", des avantages évidents pour les patients, leur entourage et la société en général ; si l’on prend le plateau "risques", ces risques sont réduits au minimum puisque ces manipulations se font en laboratoires, en milieu fermé, controlable et controlé, et qu’après l’opération, les bactéries sont détruites. La balance penche du côté "avantages". Autant que je sache, personne ne s’est jamais opposé à l’insuline faite par des OGM.
Alors pourquoi, tous ces problèmes avec ce maïs MON 810 et d’une façon générale avec les plantes modifiées génétquement ?
Reprenons notre image d’une balance avec les deux plateaux "avantages"/"risques" :
Du côté "avantages".
Les promoteurs des OGM agricoles ou PGM (Plantes Modifiées Génétiquement) nous ont promis il y a 15 ans et affirment encore aujourd’hui que les OGM agricoles permettent de réduire la quantité de pesticides utilisés, d’augmenter les rendements et de combattre la faim dans le monde.
Qu’en est-il, point par point ?
- réduction de l’utilisation de produits chimiques.
En Chine et aux Etats-Unis, les problèmes de résistance s’accumulent et s’aggravent. Comme tous les spécialistes des insectes l’avaient prévu, le coton Bt (Bt : dans lequel on a introduit un gène provenant du Bacille Thurengensis, pour produire une toxine insecticide) est aujourd’hui en proie aux attaques de ravageurs qui ne craignent plus le Bt. En Chine, dans les 5 régions productrices de coton, les rendements baissent, mais par contre la quantité de produits chimiques utilisés a été multipliée par 15 et même par 20 dans certains endroits ! Aux Etats-Unis, l’apparition de nombreuses herbes résistantes aux RoundUp provoque une augmentation des coûts et même le Ministère de l’Agriculture vient de reconnaître que « l’adoption du maïs Bt avait eu une incidence négative sur les recettes des exploitations spécialisées dans le maïs ».
- augmentation des rendements.
Le Brésil et le Paraguay ont connu des aléas climatiques qui ont fait beaucoup souffrir le soja OGM. En effet, ce soja résiste beaucoup moins bien à la sécheresse que les variétés traditionnelles et les pertes pour les agriculteurs ont été très importantes, de 60 à 90% dans certaines zones du Paraguay ! La production de soja est en plein marasme, à tel point, que Monsanto a dû réduire ses droits sur les plantes GM dans ces deux pays. En Afrique du Sud, des milliers de petits paysans se sont endettés pour acheter des semences GM. Lorsque les rendements ne furent pas au rendez-vous, les petits producteurs furent ruinés. Le gouvernement sud-africain, un des plus favorables aux OGM, a mis en place en 2005, un moratoire sur les autorisations d’importations d’OGM, en attendant de connaître les conclusions de l’étude socio-économique menée par le Ministère du commerce et de l’Industrie. En Inde, les gouvernements de 7 états cotonniers intentent, depuis 2006, un procès contre Monsanto, l’accusant de réclamer des redevances excessives sur son coton Bt. Les faibles rendements de ce coton qui ont poussé des petits paysans à la ruine et au suicide, ne sont certainement pas étrangers à cette démarche. En Indonésie, le coton Bt a été un échec lamentable et Monsanto a abandonné la commercialisation dans ce pays.
- lutte contre la faim dans le monde.
C’est le pire argument de tous car il est avancé par des gens qui savent pertinemment que 80% des OGM agricoles cultivés dans le monde servent à nourrir... les animaux d’élevage des pays riches. Un des exemples les plus douloureux est celui de l’Argentine où 150 000 familles ont été expulsées de leurs terres pour permettre la monoculture du soja transgénique. Plus de 90% de ce soja est exporté pour l’élevage alors qu’une partie importante de la population argentine souffre de la faim.
Voilà pour le plateau "avantages", en ne se basant que sur les points "forts" que vantent régulièrement les promoteurs des OGM agricoles.
Pour le plateau "risques". Je voudrais quand même rappeler une "anecdote" révélée durant l’été 2001 et passée inaperçue. En 2001, des scientifiques belges ont mis au point une nouvelle méthode d’analyse du matériel génétique. Ils décidèrent de l’appliquer à un soja modifié génétiquement de la firme Monsanto. A leur grande surprise, il découvrirent une séquence génétique inconnue. Elle n’appartenait ni au matériel génétique introduit, ni au génome de la plante. En effet, lorsqu’on introduit du matériel génétique, on provoque une instabilité du génome et des séquences génétiques disparaissent, d’autres apparaissent, certaines se déplacent ou sont multipliées. C’est un phénomène connu mais inexpliqué, incontrôlé et imprévisible dans l’état de nos connaissances scientifiques.
Des journalistes belges demandèrent alors à Monsanto comment il était possible que la firme ait pu commercialiser depuis 5 ans, aux quatre coins de la planète, une plante avec une séquence génétique inconnue. Voici la réponse du directeur scientifique de Monsanto France, telle qu’elle fut publiée dans le Libre Belgique du 17/08/01 : « Les méthodes et les techniques changent. A l’époque, il n’était pas possible d’isoler ce fragment. » Incroyable ! Monsanto nous dit que des OGM ont été commercialisés alors qu’on n’avait pas les moyens de savoir exactement ce qu’il y avait dans les plantes. Mais si Monsanto ne savait pas, les autres firmes de biotechnologies ne savaient pas non plus. Et si Monsanto ne savait en 2001, la Commission du Génie Biomoléculaire qui a autorisé en France en 1998, le maïs MON810 - celui qui est cultivé actuellement - elle ne savait pas non plus ! Pour le sérieux scientifique, on repassera...
Quant aux politiques qui nous assuraient que toutes les précautions étaient prises, soit ils croyaient les histoires qu’on leur avait racontées et nous mentaient de bonne foi, soit ils nous mentaient consciemment.
En 2008, beaucoup des incertitudes scientifiques persistent. Quant au milieu naturel, il reste infiniment plus compliqué qu’un laboratoire... Qui aujourd’hui, parmi les partisans des OGM peut nous garantir que dans 5 ans, 10 ans, ils ne nous diront pas de nouveau : "Vous plaisantez, mais en 2008, on n’avait pas les moyens de savoir ?"
Si je reprends ma balance, je vois bien qu’elle penche nettement du côté des "risques", avérés et potentiels. Et beaucoup de nos concitoyens ne s’y sont pas trompés.
Un rappel important aussi en période de chomage massif. En Allemagne, sous la Ministre de l’Agriculture, la Verte, Mme Kuhnast, le soutien à l’agriculture biologique a créé 150 000 emplois, à comparer aux milliers d’emplois que perd chaque année, le « modèle » agricole français ! Ca donne à réfléchir quand même.
Alors me direz-vous, les agriculteurs qui font des OGM ne sont pas fous, pourquoi les cultivent-ils ? Du fait de la position dominante de deux ou trois compagnies aux Etats-Unis et au Canada, il est devenu dans de nombreux endroits impossibles pour les agriculteurs de trouver autre chose que des semences transgéniques. La politique d’achat et de fusion de ces grandes firmes pourrait à très court terme, éliminer totalement les semences traditionnelles des marchés locaux. Une étude complète sur plusieurs années menées aux Etats-Unis et se basant sur les chiffres du ministère états-unien de l’agriculture montrait qu’il y avait effectivement une baisse de la consommation de pesticides les deux, trois premières années mais qu’ensuite la consommation remontait rapidement.
D’autre part, les pays où les OGM sont essentiellement cultivés sont les Etats-Unis et le Canada, avec leur "farmers" et leurs exploitations agricoles quelques milliers d’hectares ainsi que l’Argentine et Brésil avec d’immenses propriétés directement issues du système colonial. Sur de telles surfaces, les PGM peuvent permettre une facilitation de certains travaux agricoles et l’élimination de la main d’oeuvre. Quant aux autres pays du Sud, la guerre commerciale fait rage et tous les moyens sont permis : corruption de responsables en Indonésie, intimidation et bloquage de loi sur les OGM au Bengla-Desh et en Bolivie, publicité vantant outrancièrement les avantages des PGM en Inde...
Pour conclure, je ne suis pas contre les OGM mais contre l’aventurisme scientifique. Laissons les chercheurs chercher dans leurs laboratoires les réponses à ces questions soulevées plus haut. Et le rapport sur le MON810 en a soulevé aussi d’importantes !
Surtout que rien ne presse : l’agriculture mondiale fournit largement de quoi nourrir les Humains. Ce n’est pas un problème de quantité mais de distribution. Comme je l’ai lu sur un site internet où j’ai puisé pas mal de ces infos (http://www.amisdelaterre.org/-OGM-i...), voilà ce que disait un habitant du continent africain : "Le problème des paysans du Ghana, ce n’est pas d’augmenter les rendements agricoles mais de pouvoir stocker et transporter les récoltes vers les centres urbains. 40 à 60% des récoltes pourrissent sur place."
Avec une infime partie des sommes colossales englouties dans la mise au point d’OGM inutiles, on pourrait construire des routes et des hangars au Ghana et un peu partout dans le tiers-monde...
Et si on commençait par ça ?
MH
Je sais que je ne peux pas vous obliger de voir cette vidéo, mais il s’agit de Christian Vélot Maitre de conférence (université de Toulouse) : C’est quoi les OGM ?, à voir absolument
Pourquoi m’obliger ? Avez-vous l’impression que ce que je dis dans cet article est très différent de ce que dit Christian Vélot ? Dans ce cas là je me serais bien mal exprimé. MH
Une réaction à chaud(sur le résumé de votre article) avant de lire votre article : comparer les conséquences, les effets de l’exploitation des PGM(dites OGM) et celles des techniques de culture de cellules transfectées pour la production d’insuline augure mal de vos connaissances en biologie et donc de votre approche de ce probléme. M’enfin, je vais lire votre article.
léonard
bon d’accord, votre article est un bon survol sur un certain nombre de problèmes posés par les PGM. L’info que je ne connaissais pas était celle des scientifiques belges et c’est effectivement l’un des problèmes majeurs qui peut expliquer la variabilité de l’expression du géne introduit(constat sur certaines PMG), son instabilité et la perturbation du génome éventuellement.Pas les mêmes problèmes pour une lignée cellulaire(bactéries inclues) transfectée pour la production d’une protéine puisque la lignée sera détruite en fin de production(je fais vite). La thérapie génique est uun troisième cas de figure qui souléve un certain nombre de problèmes(on se rappelera l’arrêt il y a 3 ans des essais cliniques de ce genre de thérapieen raison du décés de deux des trois bébés traités pour déficience immunitaire et décédé d’une leucémie suite à ces essais. Excellent livre traitant ce sujet sous forme de thriller scientifique :
LE HASARD MANIPULE
Merci pour l’info
Léonard
Bonjour,
Tout est dit dans cet article. On peut se demander pourquoi en écrire d’autres, sur le même sujet .
Mais, j’y pense, ces maïs O.G.M. ne servent-ils pas à nourrrir les bètes que l’on retrouve dans les assiètes de la célèbre marque de restaurants rapides où se retrouvent quotidiennement la plus grande part des obèses de la planète != ?"’"’&@x 2.










