Article publié le 27 août 2007
L’opération de vente directe, à Paris, place de la Bastille, menée par les producteurs de fruits et légumes du Modef, a été un succès du point de vue de la communication. Les médias ont bien repris le message " nous sommes étranglés par les prix d’achat de la distribution". Mais passé l’évènement que restera t-il ? La situation est la même depuis des lustres, et déjà au même endroit, à la même période, il y a quelques années, la FNSEA avait organisé une manifestation similaire...
Cependant, la filière des fruits et légumes ne peut se passer de la distribution. Les marchés, la vente directe à la ferme, les "Amap" ...et toute forme de vente directe au consommateur n’apportent qu’une réponse partielle au revenu des producteurs. Tout le problème est dans l’organisation des marchés.
En outre, dans bien des régions, les producteurs sont en concurrence entre eux et le commerce met à profit cette situation, où il se trouve toujours quelqu’un prêt (ou obligé) à brader sa marchandise. La situation des producteurs de fruits et légumes est préoccupante. Les opérations de communication, si séduisantes soient-elles, sont insuffisantes au regard de l’inorganisation et des divisions qui minent ces filières.
L’exemple donné ; le supermarché achète 80 cents le kilo, sous le prix de revient, un légume à un maraîcher et est revendu plus de 2,4€ en magasin. A la manif ils vendaient directement ce légume à 1.5€
La vente directe permet bien sûr d’améliorer les marges mais ne résout pas les questions de quantité. Ce qu’un agriculteur peut vendre sur un marché (qql dizaines de kg) est souvent dérisoire par rapport à sa production journalière.
Le problème de beaucoup d’agriculteurs, c’est qu’ils sont victimes d’eux-même : ils sont individualistes et libéraux et en même temps victimes de ce système dans lequel ils croient. Seule une organisation différente leur permettrait de s’en sortir. Mais la réglementation européenne leur interdit de se concerter pour réguler les prix (au nom de la concurrence…).
Mais ce type d’opération devrait être toléré à chaque mévente ou surproduction. Des centaines de camions pourraient être déchargés dans les banlieues (plutôt qu’à la Bastille) sans aucun problème… excepté que la grande distribution ne le laissera pas faire.
Vous avez raison, chez les producteurs de fruits et légumes, l’individualisme est important. Néanmoins, il existe des formes d’organisation conformes aux directives européennes qui peuvent être promues.
C’est toujours intéressant pour un producteur de faire connaître son offre et d’informer le client sur la manière dont il cultive, récolte et vend dans les circuits "traditionnels". Que des producteurs se rassemblent pour un contact direct avec une clientèle urbaine qui a peu l’occasion de les côtoyer est une initiative pédagogique louable et rapproche le producteur du consommateur. Par contre il ne faudrait pas non plus oublier une autre vérité. Sur les marchés hebdomadaires des zones de production, et en particulier celle dont sont originaires les membres du MODEF qui ont fait ce déplacement à Paris, les prix des fruits et légumes sont les mêmes, et quelquefois plus chers, que dans les magasins ou les grandes surfaces avoisinantes. Le producteur derrière son étalage vous rétorque qu’il a des frais de stockage et de mise en marché. Tout à fait d’accord ! Mais le commerçant voisin a pour sa part payé une taxe professionnelle et rétribué par son approvisionnement deux ou trois, quelquefois plus, intermédiaires qui ont certes pris au passage un bénéfice, mais ont aussi payé des employés, donc créé de l’emploi. Toutes étapes intermédiaires qui n ’existent pas chez le producteur en vente directe. Par conséquent je me pose la question de savoir pourquoi la tomate vendue à 1,50 Euro à Paris pour une prix dit "raisonnable" contre 2,20 à 3,00 ou plus dans les rayons des commerçants grands ou petits, n’est pas vendue à ce même prix "raisonnable" sur les marchés locaux ? Et cela vaut pour tous les autres fruits et légumes tout au long de l’année. Quand le producteur en vente directe sur un marché aligne ses prix à l’étalage sur ceux des grandes surfaces n’est-il pas coupable de prélever des marges abusives et par là-même de saborder sa profession ?
J’ajouterai que la vente directe est possible pour un certain nombre de produits alimentaires, en particulier les produits saisonniers, ou des produits pour lesquels la transformation artisanale reste dans le domaine du possible pour un producteur isolé. Mais je vois mal un céréalier aller vendre quelques centaines de tonnes de blé ou de mais sur le marché local ! Il n’y a pas d’agriculture, grande ou petite, industrielle ou "bio" sans circuits de distribution. Je ne comprends pas non plus pourquoi la kyrielle de coopératives agricoles en tout genre créées avec le soutien des lois Pisani de 1962 et de la Commission Européenne n’ont pas réussi à établir ce contre-pouvoir vis-à-vis des grossistes et grandes surfaces qui permettrait de parler d’un commerce plus équitable et de revenus plus décents pour les agriculteurs français qui le méritent bien.
J’aimerais bien qu’on éclaire ma "lanterne". Cela me donnerait peut-être aussi des arguments pour retourner au marché plutôt que d’aller chez mon commerçant habituel qui, en plus, m’offre une plus grande variété de produits.
Cordialement à tous.
Eléments de réponse
Tous les commerçants sur les marchés sont loin d’être des producteurs, il y a beaucoup de revendeurs qui s’approvisionnent, notamment à Rungis. Leurs prix sont alors de ce fait assez élevés. Quant aux producteurs qui vendent sur les marchés, ils s’alignent plus ou moins sur le niveau de prix du lieu.
Les coopératives jouent un rôle importants sur les marchés de la conserve, de la transformation, etc
Les crises de mévente ont surtout lieu dans le frais, liées bien souvent à une sur-production.












