Le sujet n’est encore abordé dans la presse écrite généraliste que par des éditorialistes. Frédéric Lemaître pour le quotidien Le Monde s’y collait dernièrement. La planète doit relever un défi qui s’entremêle avec celui du changement climatique : le défi alimentaire. Le sujet ne porte pas sur une nouvelle famine, une de plus. Non, le constat est aussi alarmant que l’équation est simple. Population en hausse, ressources en baisse. Et donc flambée mondiale des cours alimentaires, céréaliers notamment. Certes les populations les plus pauvres du tiers monde sont les premières exposées mais, ne nous y trompons pas, les répercussions seront générales et conséquentes.
Sans sombrer dans un catastrophisme facile, il convient d’appréhender le problème avec réalisme. Obnubilées par l’envol du cours de l’énergie les populations des pays industrialisées sont soigneusement tenues à l’écart d’une information essentielle. Il va devenir difficile de se nourrir pour peu cher.
Comme le rappelle l’éditorialiste du Monde, pour un observateur attentif, des signes avant-coureurs se sont déjà manifestés. Il y a un an, à la fin du mois de janvier, les Mexicains descendaient dans la rue pour protester contre l’augmentation du prix de la galette de maïs. En septembre, les consommateurs italiens se résignaient à boycotter vingt-quatre heures durant l’achat de pâtes devenues inabordables. Dans le reste du monde, les émeutes de la faim se multiplient, directement liées à l’augmentation du prix de produits alimentaires de première nécessité. Dans certains endroits, comme à Haïti, on en est réduit à manger des galettes … d’argile.
Signe économiquement préoccupant, depuis le début de l’année, le marché agricole de Chicago qui fixe les cours mondiaux s’affole. Le blé a atteint un nouveau record historique. Il n’a jamais été aussi cher. En seulement un mois (janvier) le cours du blé a augmenté de presque 25%. Il a doublé en 1 an. Le marché c’est la spéculation et celle-ci, n’aime pas les mauvaises nouvelles. En l’espèce, l’annonce de l’effondrement de l’état des stocks des grands pays exportateurs. Aux Etats-Unis, le stock de blé est à son plus faible niveau depuis 1948. Les stocks, en raison d’aléas climatiques, n’ont jamais été aussi bas depuis trente ans. L’Europe, qui croulait jadis sous ses réserves, devrait cette année importer 15 millions de tonnes de céréales.
Si la demande mondiale explose en grande partie du fait de l’accession des habitants des pays émergents (Chinois, lndiens, Brésiliens) à de nouvelles habitudes alimentaires en face, l’offre mondiale ne suit pas.D’ici 2050, il faudra nourrir 3 milliards d’individus en plus sur notre planète (+ 80 millions d’habitants par an). Or, selon toutes les statistiques, au cours de ce siècle, la demande alimentaire ne devrait croître que de 3% par an quand, dans le même temps, la production n’augmenterait que de 2%.
2%, c’est ce que pèsent en France les agriculteurs et qui pourtant font plus que nourrir l’ensemble de la population hexagonale. 2%, c’est aussi le pourcentage des agriculteurs qui dans le monde travaillent avec un tracteur. Attention toutefois à ne pas céder aux sirènes de l’agro-business. En France, on mesure juste aujourd’hui les dégâts d’une agriculture productiviste basée sur le sinistre triptyque tracteur, pesticides, engrais.
L’enjeu n’est pas de produire plus sur une courte période mais durablement. L’inverse du paysage actuel. Ces 100 dernières années, un milliard d’hectares de terres arables ont été dégradées sous l’effet de l’activité humaine. Une superficie de la taille du Royaume-Uni s’érode chaque année dans le monde. Moins de terres donc, la taille d’un département tous les 10 ans en France, et des terres restantes de moindre qualité. Nous l’avons un peu vite oublié mais l’épiderme de notre planète est fragile. Les pratiques agricoles sont les principales responsables. Il faut réapprendre à cultiver la terre sans la dégrader.
Surpâturage et déforestation contribuent largement à l’appauvrissement des sols en les privant de matières organiques et d’obstacles à l’érosion (eau, vents). L’utilisation abusive de produits chimiques ou des cultures inadaptées, intensives, ont des effets désastreux. 30% des sols de la planète connaissent une chute de fertilité. Le réchauffement climatique, la sécheresse qu’il entraîne, constitue d’après les experts, un danger majeur pour l’agriculture mondiale. Le sud de l’Afrique pourrait perdre plus de 30 % de sa production de maïs, sa principale récolte, d’ici à 2030. De leur côté, l’Indonésie et l’Asie du Sud-Est pourraient voir leurs principales cultures diminuer d’au moins 10 %. Et ce ne sont pas les agro-carburants qui vont améliorer les choses.
L’envolée structurelle des cours du pétrole est à l’origine d’un double effet négatif. Outre le fait de renchérir le coût du transport maritime, qui représente désormais le tiers du prix des céréales, elle rend les biocarburants de plus en plus attractifs. Pourtant, un plein avec des biocarburants permet de nourrir une personne pendant une année. Destruction de la biodiversité, dégradation des sols et réduction de l’offre alimentaire sont des “qualités” qui ont fait rebaptiser les agro en nécro-carburants par les militants de l’environnement.
Difficile d’appréhender les conséquences précises du changement climatique tant les bouleversements s’annonce généraux. Les cartes sont en train de changer, des mutations importantes s’opèrent. L’homme au centre de ces mutations est victime du syndrome de la grenouille retenu par Al Gore dans son film “une vérité qui dérange”. Placez une grenouille dans un bocal, augmentez la température de l’eau progressivement. Elle ne s’aperçoit de rien et ne réagit pas, contrairement à un batracien qui serait mis dans une eau déjà chaude.
Si côté terre, la situation n’est pas brillante, côté mers ce n’est guère mieux. Les scientifiques s’inquiètent de la désertification croissante des océans. La cadence observée est considérablement supérieure aux prévisions des modèles existants. La hausse des températures des eaux de surface empêche la remontée des nutriments qui alimentent le plancton végétal. Or celui ci constitue la base de la chaîne alimentaire océanique avec tout au bout l’homme. Sans oublier que ce qui se passe dans les océans a des répercussions sur l’ensemble de la planète. Outre les ressources halieutiques, la désertification des océans joue sur leur capacité à absorber et fixer le dioxyde de carbone notamment à travers la diminution des micro-algues qui fixent des quantités considérables de CO².
Les Videos sont très bien, surtout celle de Jean-Christophe Victor...
En ce qui concerne votre texte : je suis assez d’accord avec vous. Dommage que vous vous arrêtiez au milieu du gué (même s’il est...à sec).
J’aurais été très intéressé, pour ma part, de lire comment vous envisagez le futur, si vous pensez qu’il y des solutions - radicales ou non - et si oui lesquelles. Que proposez-vous ?
D’aucuns - les "alter/dogmatiques" - pensent, que la question est d’abord "physique/technique" et que nous n’arriverons pas à relever ce "défi alimentaire"... Il y a urgence disent les plus optimistes...
D’autres - les "libéraux/faux-culs" - pensent, de façon faussement pragmatique, que la question est d’abord "politique" et que, si on le veut, on y arrivera toujours... Pas d’affolement rétorquent-ils...
Ces deux camps se divisent sur le point de savoir s’il faut limiter la croissance de la population, voire l’infléchir vers une décroissance, s’il faut limiter la croissance de l’activité économique, voire l’infléchir vers une décroissance...
Qui a raison ?... Chacun a un peu tort, ou un peu raison, comme vous voudrez.
Pour moi il y a deux impératifs :
I) Se mettre d’accord sur l’objectif, celui de nourrir l’humanité quelle que soit sa croissance. Car décréter, en préalable, ce qui est ou ce qui n’est pas le « bon » taux de croissance de la population mondiale, est extrêmement dangereux. C’est comme si on disait il y a trop d’étoiles dans le ciel... ou pas assez ! Alors qu’on ne connait que très peu de choses sur l’Univers. L’essentiel de l’Homme c’est la vie. (Après, allez savoir si l’essentiel de l’Univers c’est l’Homme... C’est autre chose...)
II) L’objectif étant ainsi résolument accepté, il y a trois défis à relever :
1) Le premier est effectivement politique, mais c’est de loin le problème le plus difficile à résoudre, n’en déplaise aux « libéraux/faux-culs ». Il suppose en effet et notamment, l’avènement d’une véritable démocratie – pas simplement de façade – dans les pays les plus directement concernés à court terme, l’Afrique en tête. Il suppose que ces pays soient capables de s’entendre entre eux. Il suppose que les grandes puissances acceptent et encouragent un tel mouvement... Il suppose que ces grandes puissances (nations, multinationales, fonds...) s’entendent sur un Nouveau Système Mondial plus humain, plus juste, plus durable. Sans tomber ni dans le malthusianisme dirigiste, ni dans un laxisme archi-libéral de croissance pour la croissance... Autant dire que ce problème n’est pas près d’être résolu. Mais ce n’est pas pour çà qu’il faut baisser les bras...et courir dans ceux des religieux ou des vendeurs de Grands Soirs de tout poil. Quand l’Afrique se réveillera et virera tous ses petits roitelets que l’Occident lui a imposés, alors peut-être que les choses pourront commencer à bouger... Mais elles ne pourront se structurer radicalement et produire des effets positifs importants que si un consensus mondial – donc, par la porte ou par la fenêtre, un Gouvernement Démocratique Mondial – émerge et s’impose. Est-ce possible ? Je pense que Oui. En tout cas, pour moi, c’est çà ou le Chaos (la barbarie généralisée...), ou le Fascisme (« monopolistique » ou « oligopolistique », plus ou moins « féodal », plus ou moins « terrifiant »...)...
2) Le second défi est économique. Celui-là est très facile à résoudre si la première étape politique est franchie. Il s’agit de se doter d’un système monétaire et financier international assis sur du tangible et pas sur du vent. Il s’agit à partir de là de prélever un pourcentage sur les profits des grandes entreprises mondiales et sur les flux financiers et les gains des transactions financières internationales. A préciser bien évidemment... En tout état de cause un tout petit pourcentage permettrait de dégager des ressources financières colossales...
3) Le troisième défi est technique. Scientifique... C’est le problème le plus simple - archi-simple - dès lors que les deux premiers défis sont relevés. Alors on pourra, en effet, sereinement, donner les moyens à la Recherche Mondiale de reculer sensiblement, sinon indéfiniment, les frontières de l’impossible.
Bon Appétit ! Et bravo encore.
Pourquoi confondre une diminution de quantité alimentaire passagère de trois à cinq ans avec le reste ? "L’énarchie" est en train de nous démontrer que le mental Humain ne peut tout faire ; nous avons besoin de cette leçon et nous allons l’avoir ,espérons que cela ne provoquera pas trop de dégats comme il fut prévu dans les années 1975.
Pour la France, le grenier à blé était en train de disparaitre : la grande plaine fertile d’Algérie .Elle est à ce jour stérile , mais il y a d’autres zones qui selon nos scientifiques des conservatoires botaniques pourraient produire de grandes quantités de blé de qualité . Par contre, il serait grand temps de changer notre façon de nous faire gouverner . Il a toujours existé dans l’histoire des Hommes qui sont de vrais chefs, c’est à dire de gens qui voient très loin devant eux et donc quand ils prennent une décision , ils sont raillés sur le moment mais plus d’un siècle plus tard ,on les qualifient de génie.
Devant un problème , ils ne trouvent pas la meilleure solution pour le moment ,mais la meilleure solution POUR L’HUMANITE ...il y a une très grande différence ! Il serait grand temps de réfléchir au moyen d’obtenir ce changement , qui peut correspondre à un changement de société en douceur ...
Un petit mot pour compléter.
L’augmentation de la population mondiale et le changement de régime alimentaire de la classe sociale aisée en Inde et en Chine sont des faits avérés. L’incertitude de l’approvisionnement avec les changements climatiques en est un autre.
Mais ces faits sont souvent avancés pour cacher la cause réelle.
Le facteur MAJEUR qui produit les tensions actuelles sur les marchés et la hausse des prix des denrées alimentaires, ce sont les agrocarburants qui utilsent des millions de tonnes de produits alimentaires : maïs, blé, soja, huile de palme, manioc, etc...
L’OCDE prévoit à cause des agrocarburants une hausse des prix alimentaires pouvant se situer entre 30 et 50% dans les 10 années à venir ! Nos media ont été très discrets sur cette annonce faite à ...Paris.
Voici deux liens qui complètent cet article :
Nex York Times : "Agrocarburants : les prix montent à la pompe et dans l’assiette" : http://www.amisdelaterre.org/Agroca...
Guardian : "Ethanol : L’énergie du … désespoir ou comment affamer des millions de pauvres !" : http://www.amisdelaterre.org/Ethano...
Pourtant, Mr Barnier maintient quand même l’objectif de 7% d’agrocarburants incorporés dans les carburants automobiles pour 2010...
Au lieu de spéculer sur les matières premières, l’agriculture devrait retrouver sa vocation première : nourrir les Humains.
MH
Merci pour cet article qui pose bien le problème.
Je n’aime pas les propositions précédentes qui font appel à un ordre mondial ou au fascisme. L’ordre mondial, on voit ce que ça donne, des paysans sénégalais concurrencés par des importations (cf reportage avec Jean Ziegler). Quant au "chef visionnaire" on a aussi vu.
On a en plus un problème de "course à la nourriture" qu’on ne peut jamais gagner : plus on produit, plus la population s’étend, plus elle s’étend, plus il faut produire. Essayez avec n’importe quel animal de laboratoire, ça fonctionne, alors pourquoi Homo sapiens ferait-il exception ?
Cette course, on la gagne pour l’instant grace à l’incroyable quantité d’énergie qu’on consacre à la production et à la distribution de nourriture. Ca ne va pas durer. La réalité va nous rattraper et révéler l’ampleur du désastre, la chute sera TRES brutale.
Je ne vois pas de solution, juste des mesures d’atténuation : relocaliser le production de nourriture, produire de façon naturelle, avec un minimum d’énergie et d’intrants. Et surtout soigner et réparer tout ce qu’on a cassé, errodé, pollué, contaminé, empoisonné.
Bon article, j’ajouterais juste une petite chose :
il est intéressant de songer qu’avant l’avènement des combustibles fossiles l’humanité tirait l’essentiel de son énergie de l’agriculture et de la biomasse ( et de l’énergie animale, animaux valorisant de la végétation naturelle - donc énergie tirée de la biosphère) ; alors qu’aujourd’hui tout le système repose sur le réservoir de fuels fossiles, y compris l’agriculture je pense qui de source d’énergie ne doit pas être loin d’être devenue un puits net ?
L’agriculture intensive est grosse consommatrice de combustibles fossiles (tracteurs, engrais, produits phyto, transformation et transport de la production,etc...) : si on peut imaginer que les premieres mesures de rationnement lorsque le pétrole viendra à manquer de facon trop importante viseront certainement à protéger la production agricole, il parait néanmoins éminemment plausible que la fin des combustibles fossiles signe la fin de l’agriculture "conventionnelle" (=intensive en intrants)
Pour produire 1kg de maïs, un agriculteur états-unien consomme 33 fois plus d’énergie qu’un paysan mexicain et pour 1 kg de riz, 80 fois plus qu’un paysan philipin.
De quoi réfléchir sur les "performances" de notre modèle agricole...
Amiclement
MH











