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L'écolO' WaterloO

1er épisode - Holdup Européen

Article publié le 14 juin 2007

Hier, encore un petit prémisse… A propos des OGM… Décidément, cela revient bien sur le devant de la table actuellement (ici, avec le printemps bio ou encore). Car oui, Mme Lagarde a donné son accord sur la décision des ministres de l’Agriculture des 27 d’accorder un label bio européen tolèrant des traces d’OGM. Cette décision était déjà “dans les tuyaux” et pose problème à notre ministre de l’environnement.

OGM Crédit Alexandre BrodovitchEn réalité, le désaccord ne réside pas dans l’idée d’un label - qui serait mis en place à partir de 2009 et coexisterait avec les labels nationaux, mais sur le fait que le texte signé précise qu’un produit fini devra contenir au moins 95% (en masse) d’ingrédients biologiques pour bénéficier de cette appellation, au lieu de 70% précédemment. Mais il faut savoir qu’il était interdit jusqu’à maintenant de qualifier un aliment de biologique s’il comportait moins de 70% d’ingrédients issus de l’AB. En 2009, comme l’explique Henri Thepaut, président de la FNAB (Fédération nationale de l’agriculture biologique) “il suffira de 5% d’ingrédients bio. Dès lors qu’on mettra une fraise bio dans un yaourt, on pourra le dire sur le paquet”, i.e. le terme “biologique” (non le label) sera utilisable pour un produit transformé contenant 5% d’ingrédients biologiques.

Mais la décision comporte un autre élement de désaccord : la tolérance aux OGM. Le texte signé par les 27 spécifie que les produits bio pourront contenir des traces d’OGM, dans la limite de 0,9%. Ce qui permettrait de protéger les producteurs de bio contre des contaminations accidentelles d’OGM… Selon Alain Juppé cette décision aurait été prise parce que “en-dessous de 0,9% on ne sait pas détecter les produits OGM”…

Alors bien sûr les associations n’ont pas tardé à réagir ! Et pour cause ! Les consommateurs sont ultra sensibles à ce sujet et, selon Greenpeace, ce texte “ignore les préférences des consommateurs, qui sont prêts à payer pour avoir de la nourriture de haute qualité, sans OGM, et il met en danger le secteur de l’agriculture biologique”. Et comme le soulignent justement et ensemble les Amis de la Terre et le Bureau européen pour l’Environnement, “l’UE doit mettre en place une législation pour protéger les agriculteurs de la pollution par les OGM”. Car en effet, comme le résume Henri Thepaut, “les producteurs doivent avoir le droit de se protéger contre une contamination OGM et les consommateurs exiger des produits bio 100% sans OGM (…) A partir de 2009, le label AB (Agriculture biologique) devra se plier au cahier des charges européens, beaucoup moins exigeant que le nôtre actuellement. Si nous voulons conserver notre qualité et le faire savoir aux consommateurs, nous allons devoir créer un nouveau logo et le faire connaître”.

Enfin, comme l’indique le communiqué des ADT, “Christian Berdot, responsable de la campagne OGM des Amis de la Terre s’indigne de la duplicité des autorités françaises : « Le gouvernement français s’était « engagé à ne pas prendre de décisions contraires à nos requêtes d’ici les prochaines discussions et la convocation du Grenelle de l’Environnement ». Pourtant, à la première occasion, il renie ses engagements ! Face à l’explosion des cancers, allergies et maladies dégénératives, de plus en plus de citoyens exigent des produits sains, sans OGM et sans chimie. Mais au lieu d’imposer aux cancres pollueurs une amélioration des pratiques agricoles, le gouvernement demande au meilleur élève de la classe de laisser cochonner son travail ! Le gouvernement soutient ouvertement les lobbies de la chimie, des biotechnologies, des semenciers et leur pseudo « agriculture durable » pour mieux piétiner au pied la protection de la santé et de l’environnement ! Ce n’est plus Grenelle qu’on prépare, mais Waterloo ! ».

Alors que penser donc de ces petits désaccords dont on voit le bout du nez du Pinnocchio Vert… ? Et bien que M.Sarkozy fait ce qu’il a dit qu’il ferait ! Dans son discours d’ouverture du Grenelle : “Naturellement, il n’est pas question de contester le progrès technologique. Nombre de réponses aux questions de l’environnement se trouvent dans ce progrès” Pour lui, la solution réside dans le progrès technique et donc dans les OGM et les pesticides ! Mme Lagarde a beau faire des palabres avec M.Juppé sur son vélo en affirmant qu’ils sont “parfaitement d’accord” et qu’il ne s’agit que de “l’application de la réglementation en cours sur les questions de présence et de calcul des OGM, avec le principe réitéré de l’interdiction des OGM dans les produits de l’agriculture biologique”… il demeure que le dossier des OGM pédale déjà dans la semoule ! Mme Lagarde n’a pas beaucoup de marge de manoeuvre et il est normal qu’elle fasse de telles déclarations. On sait qui se cache derrière… : un homme dont le programme environnemental valait un 8/20.

Puis, Alain Juppé, première couleuvre !? Il pouvait rire et chambrer les écolos “canal historique” il y a une semaine dans le XVIIIième arrondissement de Paris ! Mais là il va se griller auprès de l’opinion publique en plus ! Dommage Alain, hein ! Parce que M.Sarkozy il n’est pas bête non plus : il pense déjà à 2012 et sait que si tu te grilles, tu seras un adversaire en moins…

Et le problème, c’est que notre président pose quelques questions (“Quels sont nos engagements ? Il faut préserver la biodiversité. Quels sont nos engagements ? Il faut prévenir les conséquences des pollutions sur la santé. Quels sont nos engagements ? Ce sont mes trois priorités d’action”) mais que là aussi il prétend donner les réponses lui-même ! “L’enjeu environnemental ne doit pas être une menace, mais au contraire une formidable opportunité pour la France. Non seulement, la France peut être le moteur international de l’enjeu environnemental mais elle doit avoir un temps d’avance”. Ben oui, on va faire un peu semblant sur les gros sujets en octobre, puisque la seule parole qui vaille est celle du président, pour le président…

Alors qu’Alain Juppé évoquait du bout des lèvres pourtant un “moratoire sur les OGM”, alors que la FAO a reconnu récemment que l’agriculture bio peut nourrir le monde, alors que les ADT montrent qu’une politique pro-OGM de l’UE n’est pas justifiée économiquement (pdf)…

Et que doivent faire les associations ? Continuer à ne rien dire ? Surtout avant le deuxième tour des législatives ? Pour qui les prend-t-on ? Alors que la parole n’est pas respectée… ? Vont-elles entrer et se fourvoyer dans le jeu politique et passer pour des faire-valoir ? Doivent-elles attendre maintenant octobre ? Hum… Une sorte d’étau non… ? Quoi qu’il en soit, la suite au prochain épisode !

Images : Alexandre Brodovitch et GillesAitte

Pour plus d’infos et de chiffres, cf. cet article sur Novethic et cette bonne synthèse/colère anti-lobby que je ne peux qu’approuver chez Raffa !

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