Les chiffres officiels sont formels : l’agriculture biologique fait un grand bond en avant en Asie, loin de l’attention des grands médias mondiaux. Dans son sillon, les organismes de coopération tant régionale qu’internationale en faveur de l’agriculture biologique se développent, ainsi que les technologies de pointe qui s’y rapportent.
Quelques données chiffrées en guise d’entrée
Les chiffres fournis en 2004, les derniers disponibles en ce moment, sur l’expansion de l’agriculture biologique en Asie sont impressionnants et étonnants :
- en 2003, la valeur de la production issue de l’agriculture biologique mondiale se montait à 23 milliards de dollars, en hausse rapide d’une année sur l’autre. Cette même année, le Japon, symbole d’un pays hautement industrialisé, obtenait la 3ème place mondiale dans ce "créneau", derrière les pays de l’Union européenne et les Etats-Unis.
- En 2001, la superficie des terres cultivées avec l’agriculture biologique en Asie atteignait 0,33% du total mondial des sols bénéficiant de ce mode de production. Ce pourcentage est monté.... à 4% en 2004, soit une multiplication par plus de 12 en 3 ans !!!
- Selon les statistiques de l’IFOAM (International Federation of Organic Agriculture Movements-en français : Fédération Internationale des Mouvements en faveur de l’agriculture biologique), une organisation sise Charles de Gaulle Str 5- D 53113 Bonn, en Allemagne, les surfaces ainsi cultivées se montaient en 2003 à 301.295 ha en Chine, à 40.000 ha en Indonésie, à 15.215 ha au Sri Lanka, à 5083 ha au Japon, à 3429 ha en Thaïlande, à 2009 ha au Pakistan, à 1092 ha à Taiwan, à 902 ha en Corée du Sud et à 131 ha en Malaisie. Israël et l’Inde n’ont pas confirmé leurs données et leurs chiffres n’ont donc pu être intégrés à ce tableau d’ensemble.
- Bien que les données plus récentes ne soient pas encore officiellement validées, les premières estimations montrent un accroissement en forme de coefficient multiplicateur de ces surfaces dans plusieurs pays concernés.
Il est aussi à noter que les législations sont variables dans leur contenu concret, comme leur application sur le terrain et le contrôle de la qualité réelle des produits. Indéniablement, c’est le Japon qui a élaboré et mis en oeuvre la législation la plus stricte encadrant l’agriculture biologique, au profit mutuel des producteurs et des consommateurs. D’autres pays sont dans des phases diverses de structuration de ce secteur (sources : www.agnet.org/library/eb/558, site en langue anglaise de la FFTC **)
Derrière cette croissance exponentielle, l’agriculture biologique en Asie se structure et s’organise.
Le rôle catalyseur des agriculteurs biologiques japonais
En Asie, le démarrage et la croissance fulgurante de l’agriculture biologique ces dernières années doivent beaucoup aux partisans japonais de ce mode de production.
Il convient ici de souligner le rôle essentiel dans ce processus de la MOA ou "Mokichi Okada International Foundation of Natural Ecology" - en français "la Fondation Internationale Mokichi Okada pour l’Ecologie Naturelle" *, fondation japoanise de droit privé.
A l’origine créée par Mokichi Okada, un riche mystique philanthrope de ce pays, passionné par la défense et la promotion de la nature - voir sa notice biographique sur Wikipedia pour plus de détails -, cette Fondation a des branches actives dans plusieurs pays d’Asie et elle a ainsi favorisé, voire parfois créé, avec ses puissants moyens matériels, des associations ou fondations promouvant localement l’agriculture biologique.
Son rôle d’impulsion est très sensible en Chine, en Corée, à Taiwan, mais aussi en Malaisie et bien sûr au Japon lui-même. Cependant, le mouvement né a ensuite généré des organisations qui, sous diverses formes, tendent à structurer, organiser l’agriculture biologique et aussi à assurer la commercialisation et la qualité de ses productions.
Ainsi, des centres de recherches comme le FFTC - Food and Fertilizer Technology Center, en français Centre des Technologies pour l’Alimentation et le Fertilisation- voir aussi (www.agnet.org/library/eb/558), des Universités ou des départements universitaires, des centres ou intituts de recherche (voir le site www.ifoam.org - liste des partenaires région Asie, en français), contribuent à la poursuite et la pérennisation de cette expansion à grande vitesse.
En effet, la technologie la plus moderne est appelée en renfort efficace à l’agriculture biologique, et cela fonctionne plutôt bien comme le démontrent les chiffres données plus haut. Dans ce domaine nécessaire à la capacité de s’adapter en progressant de l’agriculture biologique asiatique, les fonds et les moyens de la Fondation japonaise MOA sont les bienvenus pour soutenir le mouvement et lui apporter des techniques naturelles et...performantes qui respectent les sols et l’environnement.
Parallèlement, et le rapport de la FFTC le souligne, y compris les grands distributeurs locaux des produits alimentaires ont pris en compte ce mouvement. Les produits issus de l’agriculture biologique sont diffusés par des marques connues, avec des labels de qualité et d’origine, le tout à des prix peu distincts des prix des produits de l’agriculture dite "chimique". Ce facteur de reconnaissance et de commercialisation est un encouragement pour la confiance des paysans dans l’agriculture biologique et sa capacité à assurer leur niveau de vie.
Dans ce contexte, il est utile de noter que les associations ou organisations asiatiques du secteur sont membres ou proches de l’IFOAM***, donc s’insèrent dans un cadre international commun.
L’agriculture biologique combat la pauvreté et la faim
Dans le rapport cité plus haut de la FFTC et consultable en anglais en suivant le lien donné, l’agriculture biologique asiatique est vue comme participant efficacement à la lutte contre la pauvreté et la faim, du fait de ses capacités de production, son adaptation souple aux conditions locales et à l’état d’esprit des paysans des pays concernés. Elle permet effectivement de progresser dans la lutte incessante contre la malnutrition, notamment urbaine, d’un côté, mais, en autorisant la survie et même le développement des petites exploitations, elle contribue de l’autre à endiguer le fléau de la pauvreté dans les régions rurales.
Nous rajouterons à ce bilan éloquent et humainement encourageant, le respect des sols, donc la pérennité de leur utilisation pour les générations à venir et le souci d’un environnement de qualité.
Pour toutes ces raisons, ce petit tour d’horizon sur l’agriculture biologique en Asie paraît riche en enseignements utiles à connaître et en promesses fécondes pour l’avenir.
Philippe Vassé
* Je corrige ce faisant une erreur de frappe sur cette Fondation dans un article précédent, ma traduction ayant écorché le nom exact de ladite Fondation. Avec mes sincères excuses pour les lecteurs.
** Food and Fertilizer Technology Center (for the Asian et Pacific Region)- son slogan est : "soutenir les petits producteurs à travers la science et la technologie.
*** le site de l’IFOAM est très intéressant et documenté sur le sujet. Sa lecture est facilitée pour les francophones puisqu’il est édité aussi en français.
Thèmes
juste un constat le nombre d’hectare bio en asie cité ci-dessu= 367 147hectares, ça peut paraitre beaucoup pour les personnes non initié. Pour exemple la picardie une des régions les plus fertile de france et donc très agricole= 19 443 300 hectares
Pour dire qu’à l’échelle de l’asie, 367 000 ha, c’est = au au petit fermier du coin français. Surtout que l’asie en parallele cultive 200 millions d’hectare en OGM.
Donc il faut mieux ne pas trop s’enflammer sur l’agriculture bio, car les plus grand scientifique pensent tout bas que la future agriculture bio sera à 100% OGM.
Cher Roccabil,
Votre commentaire est intéressant, mais il ne pointe pas sur ce qui est l’essence même de l’article, à savoir le processus d’extraordinaire croissance des surfaces cultivées par l’agriculture biologique en Asie.
Je conviens avec vous que les surfaces sont encore insuffisantes, mais quand le taux de croissance est au rythme indiqué, tous les espoirs sont permis pour le futur.
Les 200 millions d’ha cultivés que vous évoquez n’ont rien à voir avec les OGM- vous faites erreur- ce sont les données approximatives relatives aux terres qui sont reconnues comme non-biologiques (surfaces supposées être traitées, plus ou moins, avec des produits chimiques artificiels.
Sachant que les agriculteurs en Asie ne sont pas dans leur immense majorité, et de loin, pour des raisons surtout financières, des adeptes des herbicides et pesticides, la surface totale cultivée sans apport artificiel chimique, mais non homologuée pour divers motifs que je ne peux aborder ici, est très supérieure aux données officielles, mais inconnue à ce jour faute d’études sérieuses sur le sujet.
C’est la raison matérielle évidente pour laquelle j’ai précisé dans l’article que les surfaces citées étaient celles qui respectaient les normes de l’agriculture biologique fixées au niveau international par l’IFOAM.
Enfin, sur le rôle des scientifiques dans ce domaine, je constate, en m’appuyant sur les données de l’IFOAM et des organisations asiatiques promouvant l’agriculture biologique comme la FFTC ou le MOA, qu’ils apportent de manière croissante leur soutien moral, mais surtout technique en termes de savoir aux paysans "biologiques".
Une preuve supplémentazire en est donnée à Taiwan récemment : dans les pages "débats" du journal anglophone réputé, "Taipei Times", édition du 2 juin 2007, en page 8, le professeur Warren KUO, de l’Université Nationale de Taiwan, département d’agronomie (Université la plus réputée du pays) a rédigé un article en anglais dont le titre est à lui seul tout un programme : "The future of Taiwan’s agriculture is organic" -l’avenir de l’agriculture de Taiwan est biologique".
Non seulement il exprime son avis de scientifique en agronomie, mais il est publié par un hebdomadaire reconnu qui appuie donc sa démarche, et validé par divers mesures récentes prises oar le Conseil National Agricole, organe tripartite réunissant l’Etat, les scientifiques et les organisations d’agriculteurs.
Il semble donc que les scientifiques compétents en agronomie apportent publiquement leur confiance et expriment à voix haute leur soutien au futur de l’agriculture biologique.
Tels sont les faits vérifiables par tout un chacun.
Bien cordialement vôtre,
PS : je m’excuse du retard pris à vous répondre car j’étais toute la semaine dernière sur une île isolée du Pacifique, Shiyuping, au large de Taiwan (archipel de Penghu ou Pescadores Island en anglais) où j’étudiais avec les pêcheurs locaux les massifs coraliens et la faune aquatique qui se développent autour de l’archipel et de ses îles.
Je transmets à naturavox et aux lecteurs anglophones intéressés l’article de Warren KUO, directeur deu département d’agronomie à l’Université Nationale de Taiwan, paru dans le "Taipei Times" du 2 juin 2007, en page 8, article que je cite dans ma réponse argumentée à un lecteur.
The future of Taiwan’s agriculture is organic
By Warren Kuo 郭華仁
Saturday, Jun 02, 2007, Page 8 It almost seems like May was "Hatta Yoichi month." There was no end to the articles and activities commemorating him.
Starting in 1920, Hatta Yoichi spent 10 years building the Wushantou Reservoir (烏山頭水庫) and the Chianan Irrigation Canal (嘉南大圳). The reservoir has a capacity of 5.5 billion cubic meters and the catchment area stretches for more than 90km, while the irrigation canals are more than 1,000km long, providing water to 145,500 hectares of farmland in Chiayi, Tainan and nearby areas.
Before the construction of the canal, farmers were dependent on the weather for their farming, but that soon changed and the area has become the granary of Taiwan.
To this day, Hatta is admired for his great contribution. From the point of view of organic agriculture, he is even more relevant for the future of Taiwan.
Organic agriculture is useful in protecting the environment, advancing farming methods and providing health benefits for the consumer. For this reason, Europe has been strongly encouraging organic agriculture in the last few years ; in Austria, organic farms already constitute more than 15 percent of farmland.
Although organic farming has been promoted in Taiwan for some years, progress has been limited : Organic farms constitute just 0.1 percent of the nation’s farmland.
One reason might be that industrial pollution along the west coast makes it difficult to find land for organic fields. The early promotion of organic products placed too much emphasis on just the absence of pesticides. This misunderstanding was not cleared up right away, and is now hard to dismiss.
The Council of Agriculture recently announced that it was planning to set the maximum allowed concentration of pesticides in organic products at 5 percent of the safety limit for conventionally grown produce. This sparked a lot of criticism, and even members of the Consumers’ Foundation misunderstand the essence of organic farming.
Organic agriculture involves a way of farming based on ecological principles, without using chemical fertilizers or pesticides, but that does not mean that if a small level of pesticides is found, the product is no longer organic. Neither Europe, the US nor Japan make such harsh presumptions. If the rule that no pesticides can be used is carried out strictly, then a small amount of unintentional pollution can make farmers lose confidence, and organic farming would be difficult to implement.
Of course, to make it possible for organic farming to be carried out normally, the farmland first has to be cleaned up. The Chianan Irrigation Canal can be used for exactly this purpose.
If the Wushantou Reservoir and the Chianan Irrigation Canal can be kept clean, they can be very useful for the cleaning of farmland. If organic farming is encouraged for all farmland close to the canal, then the irrigation water that the neighboring fields receive will be clean, which is better for organic farming. If this method is used close to the canal and then further away, and expanded to one field after another, perhaps the Chianan plains can slowly reclaim lost land.
This is what Hatta’s contribution can mean in the modern era.
Of course there are also other reasons organic farming is hard to promote, but if we don’t make more of an effort and stop farmland from becoming more and more polluted, the nation will be unable to produce safe, high-quality agricultural products.
We could then forget about selling our agricultural products on the international market.
Warren Kuo is a professor at National Taiwan University’s Department of Agronomy.
Translated by Anna Stiggelbout This story has been viewed 471 times. Advertising
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