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Cette agriculture ...

qui préfère l’alcool plutôt qu’éradiquer la faim dans le monde...

Article publié le 23 mai 2007

Cette agriculture ...

Si le tabac a de moins en moins bonne presse, je suis persuadée que nombre d’entre vous - pourtant sensibles à l’environnement - salivent encore au souvenir d’un bon petit bordeaux, bourgogne ou vieux cognac... Qui peut se vanter de n’avoir jamais bu un verre d’alcool ni fumé une cigarette (voire autre chose) ? Voilà comment au moins 1.5% (sans doute plus) de la surface totale de terres agricoles dans le monde n’est pas utilisé à des fins alimentaires mais au plaisir des papilles.

Pourtant, difficile de trouver la moindre étude sur cet enjeu. Il est plus facile d’inciter les citoyens à limiter leur consommation de viande, pointant du doigt les hectares nécessaires à l’élevage et la pollution engendrée. Certes, c’est justifié (pensez aux terres cultivées consacrées uniquement à l’alimentation des animaux...). Mais cela faisait un moment que je cherchais à savoir quelle proportion de terres agricoles était condamnée à satisfaire un simple plaisir gustatif (et pulmonaire), plutôt que tâcher de limiter la faim dans le monde. 

La surface de terres arables et cultivées permanentes est estimée à 1540,6 milliards d’hectares dans le monde (sources FAO/Quid). D’après le Quid, 7,320 millions d’ha sont destinés à la culture du raisin pour le vin, 3,981 millions d’ha pour le tabac et 63 milliers pour le houblon (bière). Reste l’ensemble des spiritueux (ex. Whisky, Gin, Vodka, Rhum...) et les autres cultures non licites (marijuana, cocaïne, héroïne...) dont je n’ai pas trouvé de surfaces.

Cependant, le cabinet International Wine and Spirit Record (IWSR) a réalisé récemment une étude sur le marché mondial du vin, indiquant que la consommation mondiale de vins atteignait près de 22,8 milliards de litres en 2005 et celle des spiritueux, près de 19,6 milliards de litres.

En extrapolant le ratio surface cultivée/production en litre du vin pour fournir une (vague) approximation des surfaces cultivées consacrées aux spiritueux, on obtient environ 6 millions d’hectares pour ces derniers. Ajoutés aux cultures de tabac, de vin et de bière, on obtient donc un total de 1,15% de terres arables et cultivées "condamnées" au plaisir. Mais il faut ajouter les diverses drogues, les alcools locaux probablement non répertoriés sur le marché mondial. Je tablerais donc plus sur 1,5%... au minimum.

Certains me diront que ce n’est pas énorme... mais si vous déteniez 1% des bénéfices nets de Microsoft, vous ne diriez plus "bah, c’est rien...", du haut de vos 91 millions d’euros ! 1%, à grande échelle, c’est important. De plus, l’étude du IWSR estime que jusqu’en 2010, la consommation de vin dans le monde devrait progresser de 1 % par an. Ce pourcentage de terres occupées risquent donc d’augmenter.

Enfin, cerise sur le gâteau, l’Inde est le 3ème pays producteur de tabac après la Chine et le Brésil, avec 438 milliers d’hectares destinés au tabac. Or, c’est bien connu, personne ne souffre de la faim en Inde...

Alors la prochaine fois que vous voudrez arroser un évènement, réfléchissez-y !

 

Sources :
- Agriculture - Comparaisons : Quid (citant les chiffres de la FAO)
- Statistical Yearbook 2005-2006, FAO
- Statistiques sur le vin, Quid
- Statistiques sur le tabac, Quid
- Statistiques sur la bière, Quid
- "Conjoncture internationale - La nouvelle embellie du vin", Agriculture Information (30 janvier 2007)

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commentaires
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par léonard (IP:xxx.xx6.100.70) le 23 mai 2007 à 10H35

Bonjour,

Je trouve dommage que cet article rappelle que nous sommes des hédonistes pervertis. Je m’explique. Que le tabac et les alcools soient par leur consommation des facteurs à risque et qu’à eux seuls "privent" la culture de denrées de bases sur 1,5% des terres arables, il n’en reste pas moins vrai que ce "détournement" est négligeable par rapport à des pratiques agricoles qui apauvrissent les terres, desertifient certaines sans parler des déforestations gigantesques pour satisfaire des besoins secondaires et inutiles( Amazonie, Indonésie : productions d’eucalyptus, de soja pour remplacer l’herbe,etc...). Si le vin et le tabac(celui sans additifs, ni papier)est une perversion, ce qui est dit plus haut sur des cultures hautement destructrices de terres est bien plus dramatiques en terme d’économie, de gestion des ressources et des écosystèmes. A tout prendre je préfère cultiver mes légumes, fumer un bon cigare et boire de temps en temps une bonne bouteille et faire en sorte de ne jamais acheter de tourteaux, de tables en Teck et de consommer des produits alimentaires édulcorés et importés. Si nous ne sommes pas épicuriens, que nous restera-t-il sur notre belle planète bleue ? La repentance d’aimer de vivre ?

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(IP:xxx.xx2.109.12) le 23 mai 2007 à 16H24

Je suis d’accord avec ce commentaire, sauf sur la conclusion : les restrictions qu’une sensibilité écologiste pourrait nous apporter n’entrent pas en contradiction avec la possibilité d’être épicurien. Epicure n’est-il pas connu pour avoir eu une vie simple et frugale ? S’il s’agit de subir comme une repentance cette simplicité, alors cela devient en effet difficile. Mais l’idée est davantage de trouver autours de soi d’autres joies aussi comblantes et plus respectueuses, et c’est possible ! L’écologie ne doit pas être vécue comme une pénitence.

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par Angélie (IP:xxx.xx1.105.121) le 24 mai 2007 à 16H13

Ah... je vois que les réactions fusent. Je rappelle que j’ai fait cette analyse car je ne trouvais aucun chiffre et j’étais curieuse. Cela ne signifie pas que la priorité est de supprimer tout verre d’alcool ou toute cigarette (limiter la viande ou ses déplacements ont des impacts bien plus forts), mais, comme pour tout, il faut apprendre à modérer sa consommation pour ne pas inciter à une augmentation des productions et permettre une distribution équitable et durable des ressources.

il ne s’agit pas de devenir une extrémiste écologiste : avant mon calcul, je n’avais aucune idée du résultat, cela aurait pu être 0.01% des terres comme 10%. Et même encore à présent, le 1,5% est plus un minimum qui pourrait être loin de la réalité... Vous mentionnez l’emploi lié à ces secteurs et l’économie engendrée : c’est un argument tout aussi valable pour ceux qui font pousser des cultures illicites, la mafia, les pétroliers, les constructeurs de Hummer (pour ne citer qu’eux), etc... Tout est une histoire de redistribution des capitaux. Un trou dans l’écosystème économique n’a pas vocation à rester vide. Une activité peut en remplacer une autre, la preuve, le temps des bâtisseurs de cathédrales est révolu !

Pour ce qui est de la notion de plaisir, je n’incite pas à l’interdire, mais à le consommer avec modération (d’autres plaisirs existent qui, eux, connaissent moins de limites...). Boire de l’alcool et fumer sont des activités humaines qui existent d’ailleurs depuis des millénaires, mais des cultures entières ont été ravagées avec les colonisations qui ont, entre autre, apporté des habitudes de consommations excessives (notamment en dehors de tout évènement particulier).

...

Enfin, j’avoue (oui, oui) que je ne comprends pas pourquoi on fustige le tabac en faisant une telle impasse sur l’alcool aux effets bien plus dévastateurs. Si le tabac tue à petit feu son consommateur, jamais un fumeur n’a provoqué d’accident de voiture (je ne parle pas des joints), ruiné ses capacités professionnelles ou risqué d’accroître la proportion d’actes violents (beaucoup de parents battant leurs enfants sont touchés par l’alcool). Bref, les coûts liés à l’alcool pour la société sont massifs (attention, je ne vise pas ceux qui se boivent un petit verre de temps à autre). Ce silence vis-à-vis de l’alcool en comparaison aux mesures anti-tabac a effectivement le don de me faire grincer des dents - d’où, sans doute, ma curiosité dans cet article.

Pour les conclusions, à vous de faire un choix entre s’offrir un plaisir de temps à autre et consommer quotidiennement au delà du raisonnable. Avant tout, ce qui prime, c’est de consommer juste, pas juste de consommer [ce petit proverbe n’est pas de moi, mais je l’adore].

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par Amédée (IP:xxx.xx3.248.211) le 23 mai 2007 à 21H33

Je ne suis pas fumeur,étant ancien sportif,j’ai préféré garder cette ligne de conduite connaissant surtout les conséquences sur la santé humaine, et je reste raisonnable, et je ne conseille pas aux autres de fumer, dela à dire que la surface consacrée à la culture du tabac pourrait servir à éradiquer en partie la faim !!! mais par contre je suis un amoureux des vins de qualité,moi même étant oenologue,et membre d’un jury international,et promouvoir les vins de qualité c’est mon but, se faire plaisir une fois par semaine ce n’est pas un luxe, admirer un tableau pour le plaisir des yeux, c’est la même sensation,et dire que les vins et les alcools c’est le même ’’package’’c’est faux. En Italie et en France en 1960, la consommation des vins était située à 160 litres per Capita,maintenant elle se situe aux alentours de 60 litres.La proportion des vins de qualité a augmenté, au détriment des vins courants. Les habitudes changent, laissons faire le temps,et à chacun de faire son propre choix,restons libre, et la liberté c’est la création, et des postes d’emploi en vue.

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par léonard (IP:xxx.xx6.100.70) le 24 mai 2007 à 08H48

Bonjour,

Je réponds au 2ième commentaire.

Je connais bien Epicure, car c’est l’un de mes copains. Prêcher la frugalité, certes, ce n’est pas l’ascèse des religions culpabilisantes. Mais mon Copain Epicure s’il sait se contenter avec ses potes ,dans un jardin, de fromage de chèvre et de pain, il est pas contre un festin sans remords. C’est pour cette raison que c’est mon pote car frugalité c’est bien pour le corps et l’esprit surtout dans la nature(en ville je suis sûr que cela ne doit pas être gai surtout lorsqu’on a fait ses achats dans une grande surface) Et de temps en temps comme, je le pratique, une petite fête, un bon plat, de bons bvins, et un bon cigare je trouve que c’est très agréable. Vive la vie simple ponctuée de moments de fête.

Allez viens Epicure dans mon jardin cueillir quelques radis et fraises pour notre repas.

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par bojost (IP:xxx.xx0.140.59) le 24 mai 2007 à 11H24

L’essentiel a été dit, j’ajoute que ca n’est certainement pas en sollicitant le sens de la culpabilité de chacun qu’on changera les choses, et que dans un contexte très mondialisé, et surtout très démocratisé (au mauvais sens du terme), il est presque ridicule de dire que l’inde produit du tabac quand des indiens ont faim. C’est partout, localement, ici, là-bas, que nous pouvons, individuellement et collectivement, faire avancer les choses. Et bien sûr, d’accord pour profiter. Restons juste conscients de la pression commerciale à grande échelle pour nous faire consommer, que cela doive nous tuer ou non. C’est en achetant ou pas, en consommant ou pas que l’on vote, que l’on change les choses. De toute façon y’a beaucoup de boulot... Salutations !

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par L’équipe de rédaction le 24 mai 2007 à 16H53

Ah... je vois que les réactions fusent. Je rappelle que j’ai fait cette analyse car je ne trouvais aucun chiffre et j’étais curieuse. Cela ne signifie pas que la priorité est de supprimer tout verre d’alcool ou toute cigarette (limiter la viande ou ses déplacements ont des impacts bien plus forts), mais, comme pour tout, il faut apprendre à modérer sa consommation pour ne pas inciter à une augmentation des productions et permettre une distribution équitable et durable des ressources.

Il ne s’agit pas de devenir une extrémiste écologiste : avant mon calcul, je n’avais aucune idée du résultat, cela aurait pu être 0.01% des terres comme 10%. Et même encore à présent, le 1,5% est plus un minimum qui pourrait être loin de la réalité... Vous mentionnez l’emploi lié à ces secteurs et l’économie engendrée : c’est un argument tout aussi valable pour ceux qui font pousser des cultures illicites, la mafia, les pétroliers, les constructeurs de Hummer (pour ne citer qu’eux), etc... Tout est une histoire de redistribution des capitaux. Un trou dans l’écosystème économique n’a pas vocation à rester vide. Une activité peut en remplacer une autre, la preuve, le temps des bâtisseurs de cathédrales est révolu !

Pour ce qui est de la notion de plaisir, je n’incite pas à l’interdire, mais à le consommer avec modération (d’autres plaisirs existent qui, eux, connaissent moins de limites...). Boire de l’alcool et fumer sont des activités humaines qui existent d’ailleurs depuis des millénaires, mais des cultures entières ont été ravagées avec les colonisations qui ont, entre autre, apporté des habitudes de consommations excessives (notamment en dehors de tout évènement particulier).

...

Enfin, j’avoue (oui, oui) que je ne comprends pas pourquoi on fustige le tabac en faisant une telle impasse sur l’alcool aux effets bien plus dévastateurs. Si le tabac tue à petit feu son consommateur, jamais un fumeur n’a provoqué d’accident de voiture (je ne parle pas des joints), ruiné ses capacités professionnelles ou risqué d’accroître la proportion d’actes violents (beaucoup de parents battant leurs enfants sont touchés par l’alcool). Bref, les coûts liés à l’alcool pour la société sont massifs (attention, je ne vise pas ceux qui se boivent un petit verre de temps à autre). Ce silence vis-à-vis de l’alcool en comparaison aux mesures anti-tabac a effectivement le don de me faire grincer des dents - d’où, sans doute, ma curiosité dans cet article.

Pour les conclusions, à vous de faire un choix entre s’offrir un plaisir de temps à autre et consommer quotidiennement au delà du raisonnable. Avant tout, ce qui prime, c’est de consommer juste, pas juste de consommer [ce petit proverbe n’est pas de moi, mais je l’adore].

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par Azür (IP:xxx.xx0.115.22) le 1er juin 2007 à 15H14

Votre souci d’apporter des réponses concrètes au problème de la faim dans le monde vous honore, Angélie. Cependant, à regarder de près comment sont employées les terres cultivables et cultivées de l’ensemble de la surface de la Planète Bleue, on peut aisément conclure que les 1,5% consacrés au tabac et à la vigne ne sont rien en regard du gâchis opéré sur une bonne partie des 98,5 % restants.

Amateur de Grands Crus et de Cigares de Fabrication Artisanale, je ne suis évidemment pas neutre dans mon analyse de la situation. Cependant, allant au-delà du fait d’aimer ou de ne pas aimer le tabac ou le vin, se pose la question du « tout utilitaire » avec pour corollaire l’éradication du plaisir. Déguster de bons cigares et de bons vins n’est pas indispensable à la survie. Preuve en est que des gens sont aussi heureux sans cela. Cependant, ces plaisirs, appréciés bien sûr avec sagesse et modération, donnent une dimension supplémentaire à l’existence la faisant passer de la survie à la vie. Je veux croire que, ne faisant pas que des choses utiles, vous vous livrez aussi parfois des activités ayant pour seule fonction de vous faire du bien et de partager ce dit bien avec d’autres êtres humains.

Pour ce qui est de la différence de traitement politique du tabagisme et de l’alcoolisme, vous avez le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal. Notre société occidentale ne va pas bien du tout et pour soigner son angoisse, elle multiplie les avertissements sanitaires et désigne au besoin des boucs émissaires. Un des problème avec l’alcool, du moins en France, c’est que nous en sommes tous potentiellement consommateurs. Si vous ne me croyez pas, regardez toutes les recettes de cuisine et de pâtisserie incluant des boissons alcoolisées dans les ingrédients. Ainsi, dans une logique d’opposition méchants/gentils, il est extrêmement difficile de séparer les consommateurs d’alcool des autres. Pour le tabac, c’est beaucoup plus simple : il y a ceux qui fument et ceux qui ne fument pas (ou plus). Il devient alors facile de gouverner en donnant les méchants en pâture aux gentils, histoire de bien diviser pour mieux régner…

Ceci dit, je n’encourage personne à consommer des boissons alcoolisées et à fumer des barreaux de chaises. C’est un choix individuel qui, à mon sens, ne peut s’exercer librement qu’en ayant une grande maîtrise de soi et un sens aigu des responsabilités. Par ailleurs, pour que les choses soient claires, je considère que la cigarette n’est plus vraiment du tabac, mais un cocktail de produits chimiques détonnant ayant pour excipient le tabac.

En toute sympathie…


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