Alors que s’achève le salon de l’agriculture, où sont mis à l’honneur la richesse et la qualité des produits du patrimoine français, la FDA (l’organisme chargé de légiférer sur la sécurité des produits alimentaires, pharmaceutiques, vétérinaires et cosmétiques aux États-Unis) vient après quatre années de recherches et de polémiques, d’autoriser la commercialisation de la viande et du lait provenant d’animaux clonés.
Bien que les médias débordent d’articles sur les OGM et les hormones de
croissance, il semble que cette annonce n’ait pas encore suscité de
réactions à la hauteur de son importance. L’Union Européenne, qui
risque de voir certains de ses membres importer de la viande issue
d’animaux clonés (ou de leurs descendants) a chargé l’Autorité
Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) de mener une étude sur les
risques du clonage pour la santé, mais aussi pour l’environnement.
Le clonage reste une technique relativement onéreuse, et les chances
d’obtenir un animal sain et vivant sont seulement de 10%. De nombreux
clones souffrent de déformations, ou meurent durant leurs 6 premiers
mois, mais une fois passé ce délai, la FDA considère qu’ils sont aptes
à être consommés, faisant ainsi bien peu de cas de l’opinion publique :
selon un sondage réalisé par Gallup, 60% des américains trouvent qu’il
est immoral de cloner des animaux. Une autre étude, réalisée en
décembre 2006 par le "Pew Initiative
on Food and Biotechnology", montre que 60% des américains ne veulent
pas acheter de viande clonée, tandis qu’une autre étude nationale
conduite par la "Consumers Union" (l’Union des Consommateurs) trouve
que 89% des américains souhaiteraient que les produits provenant d’un
animal cloné soient étiquetés.
Malheureusement, aucun système de traçabilité n’a été imposé ni même
préconisé par la FDA ; bien au contraire, elle maintient que
l’étiquetage n’est pas nécessaire, et que le producteur est libre de
choisir s’il souhaite ou non préciser l’origine "biologique" de ses
animaux. Il n’est donc possible ni pour le
consommateur, ni pour le commerçant, de savoir si la viande qu’il achète provient d’un animal cloné.
Selon le Centre pour la Santé alimentaire ("Center For Food Safety"),
les conclusions de La FDA sur l’évaluation des risques du clonage se
basent sur des études en partie financées par des sociétés ayant un
intérêt à ce que la vente de viande d’animaux clonés soit autorisée ;
ainsi ViaGen, une des plus grandes sociétés de clonage des Etats-Unis,
basée au Texas, a publié des études qui - surprise ! - prouvent que la
viande "clonée" est parfaitement apte à la consommation. Le monde à
l’envers, direz-vous ? Une charmante
expression américaine, qui se traduit littéralement par "faire garder
le poulailler au renard", décrit parfaitement l’absurdité d’une
situation pourtant loin d’être exceptionnelle : la FDA est en effet
souvent critiquée pour son "manque d’indépendance" vis-à-vis des
grandes sociétés privées.
Suite à l’annonce de la FDA, l’Union Européenne, qui n’a pour l’instant
établi aucune loi pour réguler le clonage animal, a demandé l’avis du
Groupe Européen d’Ethique, ainsi que celui de l’Autorité Européenne de
Sécurité des Aliments (EFSA) sur les risques du clonage.
L’EFSA vient de publier son projet d’avis (l’avis définitif ne sera
disponible qu’en Mai 2008). Selon elle : "au vu des preuves
scientifiques disponibles actuellement, il est improbable qu’il y ait
une quelconque différence, en termes de sécurité des aliments, entre
les produits alimentaires issus de clones et de leur progéniture, par
rapport à ceux dérivés d’animaux reproduits de manière classique. En
même temps, le projet d’avis reconnaît l’existence d’incertitudes,
notamment en raison des données limitées disponibles, ainsi que
certains problèmes liés à la santé et au bien-être des animaux clonés."
Quant au Groupe européen d’éthique, il conclut : "Étant donné le niveau
actuel de maladies et de problèmes de santé des mères porteuses et des
animaux clonés, le groupe doute que le clonage d’animaux à des fins
alimentaires soit justifié d’un point de vue éthique. La question de
savoir si cela s’applique également à la progéniture demande une
recherche scientifique plus poussée. À l’heure actuelle, le GEE ne voit
pas d’arguments convaincants pouvant justifier la production d’aliments
à partir d’animaux clonés et de leur
progéniture". Le Groupe européen d’éthique identifie également les
actions nécessaires en cas d’introduction future en Europe d’aliments
issus d’animaux clonés.
Une fois les techniques de clonage plus rentables, la viande et les
produits laitiers issus d’animaux clonées et de leurs descendants
inonderont dans un premier temps le marché américain, et plus tard le
marché mondial. L’Union Européenne suivra-t-elle le chemin ouvert par
les États-Unis, suivi par l’Australie, la Nouvelle Zélande et bientôt
le Canada et l’Argentine ?
Les études réalisées ne semblent pas encore démontrer quels seront, à
long terme, les effets de la consommation de viande d’animaux clonés
sur l’être humain. L’homme, un cobaye comme les autres ?
Cela semble très bon le mouton cloné.
Sérieusement, on peut raisonner sous trois angles :
- tout d’abord alimentaire. Ce que nous faisons depuis des siècles avec le croisement des espèces est ici automatisé. Il n’y a pas de risque si ce n’est l’évolution de notre éthique.
- ensuite scientifique. Le fait de développer le clonage va de facto limiter la resistance de l’espèce aux aléas sanitaires. De ce point de vue, on peut s’inquiéter.
- Enfin éthique. Allons-nous finir par respecter le monde qui nous a donné vie.
La question que je me pose, c’est à quoi cela sert-il de cloner des animaux ? Il faut quand même les nourrir pour qu’ils grandissent.










