On note que, depuis 15 000 ans - soit à peu près le début de l’Histoire - a température moyenne aux pôles (EPICA correspond à un forage au
Groenland, Vostok à un en Antarctique) est restée étonnamment stable,
alors qu’elle avait auparavant tendance à se comporter de façon plus
chaotique. Durant la dernière glaciation, on remarque que des
oscillations assez extraordinaires ont eu lieu : des variations de
température de 5 à 7°C se sont produites en seulement quelques dizaines
d’années, voire peut-être en quelques années - cela ne se voit pas sur
la courbe ci-dessus, mais sur des "agrandissements" (cf. ci-dessous).
On ne
sait pas encore exactement ce qui produit ces variations, notamment
celles dites de Dansgaard-Oeschger : ces dernières se sont répétées
plus de 20 fois avec une période étonnamment régulière (1470 ans, soit
moins de 1% d’erreur !). Elle commencent toutes par un brutal
réchauffement de cause inconnue, qui provoque la fonte massive des
calottes glaciaires et l’irruption d’icebergs en quantité phénoménale,
ce qui perturbe fortement les courants océaniques ; un lent
refroidissement se produit alors.
Ce phénomène peut-il se reproduire ? Certainement, mais bien malin qui
saurait le prédire puisqu’on n’a pas encore complètement élucidé le
mécanisme. On arrive à remonter l’arbre des causes jusqu’à un probable
déversement massif d’eau douce dans l’Atlantique Nord, mais on ne
parvient pas à définir clairement l’origine de ces énormes quantités
d’eau : la pointe de chaleur initiale n’a pas d’explication. On
suspecte toutefois la rétroaction de l’albedo de la glace, à savoir que
moins il y a de glace aux pôles, plus ceux-ci absorbent le rayonnement
solaire, et plus la glace fond, et donc moins il y a de glace, etc. Ca
ne vous rappelle
rien ?
Il est à noter toutefois que le point de départ de ce changement abrupt
de climat ne correspond pas aux conditions actuelles : les calottes
glaciaires s’étendaient alors jusqu’à la Manche, car la température
globale était alors 5 à 6° en-dessous de l’actuelle. Rien ne dit donc
que les variations brutales naguère mesurées puissent se reproduire :
on voit bien sur ce graphe de la
NOAA que la valeur maximum du réchauffement abrupt restait en-deçà des valeurs actuelles :
Si on cherche absolument un scénario de changement climatique catastrophique, au sens du
Jour d’Après,
qui puisse survenir de nos jours, on ne peut donc qu’envisager le
glissement de tout ou partie de la calotte groenlandaise dans la mer.
Ce glissement pourrait être provoqué par plusieurs années successives
de temps exceptionnellement doux dans un Océan Arctique libre de glaces
l’été (effet d’albedo) renforcé par un effet de serre local amplifié
par le dégagement massif de gaz carbonés (CO2 et CH4) issu du
permafrost - qui contient
deux fois plus de carbone qu’on ne le pensait jusqu’à récemment).
Après quelques tsunamis ravageurs ravageant les côtes scandinaves ou
terre-neuviennes et l’arrêt de la navigation transatlantique rendue
impossible par la présence généralisée d’icebergs, le fameux Gulf
Stream s’arrêterait et un lent mais inexorable refroidissement
s’engagerait alors, conduisant l’Europe du Nord à un climat proche de
celui du Labrador et l’Europe du Sud à celui qui régit aujourd’hui la
région de Seattle - la sécheresse en plus.
Ce scénario reste à notre avis peu probable : autant une banquise
flottant sur la mer peut se disloquer brutalement quand la température
se réchauffe, autant une calotte glaciaire bien ancrée sur un substrat
rocheux comme le Groenland a peu de chances de se décoller d’un bloc et
filer dans la mer. Et la vitesse de disparition de la banquise, comme
celle de dégazage du permafrost, peut brutalement ralentir comme elle a
accéléré ces dernières années, pour des raisons inconnues dans les deux
cas.
Mais peu probable ne veut pas dire impossible.