Article publié le 12 novembre 2008
En région parisienne, des services de restauration rapide utilisent à l’insu de leurs clients des produits alimentaires (principalement de la mayonnaise) à base de soja OGM, selon les observations d’un de nos lecteurs.
C’est en récupérant les seaux vides de plusieurs restaurants qu’un lecteur s’est aperçu que depuis un ou deux ans, du soja génétiquement modifié se retrouvait dans la composition de produits alimentaires utilisés dans plusieurs fast-foods, et ce sans que le consommateur n’en soit nullement informé, en contradiction avec le règlement n°1829/2003/CE de l’Union Européenne mis en application en avril 2004 et stipulant pour les modalités d’étiquetage pour les denrées alimentaires non préemballées :
"L’information au regard de la présence d’ingrédients génétiquement modifiés ou dérivés d’OGM (...) doit être affichée soit sur le présentoir de la denrée ou à proximité immédiate de celle-ci, soit sur le matériau d’emballage, de façon permanente et visible, dans une police de caractère suffisamment grande pour être facilement distinguée et lue."
Vu l’absence de possibilité de vérification pour l’ensemble des services de restauration rapide du territoire, il semble tout à fait plausible que d’importantes quantités d’aliments à base d’OGM soient utilisées à l’insu des consommateurs dans la restauration rapide nationale et européenne.
Toutefois, la Commission européenne "estime que les denrées non préemballées proposées au consommateur dans le secteur de la restauration (commerciale, collective et rapide) ne sont pas visées par cette obligation d’étiquetage dès lors que le restaurateur élabore lui-même ou transforme la denrée alimentaire en question.”
Les institutions européennes autorisent donc actuellement la non-traçabilité des OGM dans la restauration et remettent ainsi en cause la liberté du consommateur à être informé de ce qu’il mange. Cette décision juridique revient à organiser l’opacité des OGM dans l’alimentation collective : quand vous mangez au restaurant, le restaurateur pourra très bien avec la mise en application de cette loi, vous proposer des OGM sans même que vous le sachiez...
Actuellement, plusieurs OGM sont autorisés à la consommation animale et humaine en Europe et se retrouvent dans l’alimentation, alors même qu’en France, ils ne sont pas autorisés à la culture. Au 1ier mai 2008, le seul soja autorisé à la consommation au niveau européen est le Soja Mon40-3-2, de Monsanto, tolérant à un herbicide, pour lequel la multinationale s’est vue condamnée récemment à 15000 euros d’amende pour publicité trompeuse et mensongère, la cour d’appel de Lyon jugeant fallacieuce l’utilisation du terme "biodégradable", et confirmant que le produit ne "respecte pas l’environnement".
Les produits à base de soja OGM utilisés dans la restauration rapide et retrouvés grâce à leurs emballages dans la région parisienne, sont principalement des mayonnaises d’entreprises françaises, belges, espagnoles et allemandes. C’est ce soja génétiquement modifié de l’entreprise Monsanto, seul soja transgénique actuellement autorisé, qui est vraisemblablement utilisé par certaines entreprises agroalimentaires à destination de la restauration rapide, et commercialisé de manière clandestine par cette dernière, portant atteinte à la liberté des citoyens qui ne veulent pas cautionner dans leur achat des entreprises qui trompent abusivement le consommateur.
Interrogé le 29 septembre lors d’une table-ronde, le président de McDonald’s France avait assuré que les aliments de ses restaurants ne contiennent pas d’OGM, conformément à la législation française en vigueur, tout en admettant après la précision de Pascal Husting, président de Greenpeace France, que les sauces pouvaient en contenir, mais de manière "indécelable", dans des "seuils infimes", "ou "rentrant dans le cadre des autorisations administratives". La loi actuelle autorisant la présence d’OGM dans la restauration collective, et donc des sauces entièrement fabriquées à base d’OGM, la réponse de M. Petit reste pour le moins évasive et jette le trouble quant à la présence oui ou non de produits OGM dans cette chaîne de restaurant.
Jean-Pierre Petit, PDG de MCDonald’s France interrogé sur la question des OGM.
Alors qu’une étude indépendante autrichienne commandée par le Ministère de la Santé et de la Vie vient de mettre en cause un nouveau maïs transgénique hybride quant à ses effets sur la santé de groupes de souris, l’opacité administrative qui existe actuellement autour de la présence dans l’alimentation d’organismes génétiquement modifiés non souhaités par une majorité de citoyens non seulement en France, mais également en Europe, aux Etats-Unis et dans le reste du monde ne peut plus être aujourd’hui acceptée.
Nous invitons ainsi les personnes informées, utilisateurs de la restauration collective (cantines, restaurants d’entreprises, ou restauration rapide) à demander la transparence sur leurs lieux de consommation quant à la présence ou non d’organismes génétiquement modifiés dans leur alimentation, et à faire vérifier sur place les étiquettes des produits concernés, comme les sauces, dont il est établi qu’elles peuvent contenir des ingrédients génétiquement modifiés.
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