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Aides au solaire : Ne pas faire n'importe quoi !

Article publié le 2 octobre 2008

Si les recommandations du Grenelle sont suivies, 5,4GW de toits solaires seront installés en France en 2020. La principale incitation utilisée est l’obligation faite à EDF Distribution d’acheter le courant produit au tarif extrêmement rémunérateur de 0,55 €/kWh[(1), alors qu’EDF peut, normalement, s’approvisionner à environ 0,03 €/kWh grâce à ses barrages et à ses centrales nucléaires, et à moins de 0,07 €/kWh en moyenne sur le marché spot. Le surcoût pour EDF Distribution est donc de l’ordre de 0,5 €/kWh payés finalement par l’abonné ou l’actionnaire (c’est à dire, essentiellement le contribuable).

Aides au solaire : Ne pas faire n'importe quoi !
De plus un crédit d’impôt de 50% du coût du matériel a été instauré. De confortables subventions sont aussi allouées par les collectivités, pouvant atteindre 50% du coût résiduel. A titre d’exemple actuel, considérons une installation de 1 kWc (kilo Watt crête) vendue 12000 € dont 8000 de matériel. Un crédit d’impôt de 4000 € est alors obtenu. En moyenne les collectivités accordent des subventions de l’ordre de 1000 €. Le débours est donc de 7000 €. La production de l’installation est, typiquement, de 1200 kWh/an, soit un revenu de 660 €/an. L’investissement est donc remboursé (hors intérêts) en un peu plus de 10 ans.

Le rendement de l’investissement initial est de l’ordre de 9,5%. Au bout de 20 ans l’investissement initial aura produit 13200 Euros soit près de deux fois la mise de fonds initiale. On comprend l’engouement dont bénéficient les équipements photovoltaïques… !
 
Il est probable et à espérer que le coût d’investissement diminuera significativement dans l’avenir, ainsi donc que les subventions et crédit d’impôt. Pour cette raison nous limitons notre analyse aux conséquences de l’obligation d’achat gérée par des contrats de 20 ans.
 
Combien en coûtera-t-il aux consommateurs d’électricité lorsque les 5,4 GWc seront opérationnels ? A partir de la production de 1200 kWh/an/kWc on voit que les 5,4 GWc produiront environ 6,5 milliards de kWh(TWh). Chaque année les consommateurs devront donc débourser 3,3 milliards d’Euros, soit approximativement le prix d’un EPR. Comme les contrats durent 20 ans la somme totale payée par les consommateurs atteindra 65 milliards d’Euros(2).

Avec une telle somme on pourrait installer 20 EPR produisant 240 TWh chaque année (37 fois plus que les 5,4 GW de Photovoltaïque).  La vente du courant produit par ces EPR rembourserait d’ailleurs les sommes investies pour leur construction. On pourrait ainsi procéder &agr ! ave ; la conversion à l’électrique des chauffages utilisant le fioul et le gaz et développer l’usage des voitures électriques.
La politique actuelle représente un formidable gâchis au profit d’importateurs, opportunistes et riches investisseurs.

Il est encore temps de réfléchir et de construire un vrai plan bâtissant nos filières nationales. Espérons que nos élus le feront avant le vote de la loi Grenelle.
La pratique actuelle de l’obligation d’achat cumulée, spécificité française, avec des subventions et crédit d’impôt conduit à un développement accéléré des importations, mais aussi d’installateurs qui seront en perdition quand on modérera (comme l’Allemagne) ou arrêtera (comme le Japon ou les Pays Bas) ces aides et obligation d’achat.
 
Reste que le photovoltaïque est une technique d’un très grand avenir, connaissant un boom extraordinaire et qu’il est tout à fait possible de faire en sorte que notre pays redevienne le pionnier qu’il fut un temps. Il faut, tout d’abord, investir massivement dans la Recherche et Développement, dans la technologie des cellules certes, mais aussi dans le stockage et dans les applications basse tension et courant continu. Cet investissement dans la R et D pourrait être financé, au moins en partie, par la CSPE, à meilleur escient que l’obligation d’achat. 

Ensuite, développer les applications autonomes en aidant, en particulier, éventuellement par l’intermédiaire des mécanismes de développement propre, les pays qui ne disposent pas de r& ! eacute ;seaux de distribution d’électricité généralisés, à équiper des millions de villages de petites centrales photovoltaïques.
 
Dans notre pays il devrait être possible de coupler la production d’électricité solaire à la climatisation puisque le soleil brille surtout en été et aux heures les plus chaudes. Une autre application prometteuse concerne la recharge des batteries de voitures électriques dont on voit bien qu’elles se développeront rapidement.
 
Dans les bâtiments neufs ou dans les rénovations majeures on peut envisager d’encourager les toits intégrant les fonctions de production d’eau chaude et d’électricité solaire. On faudra normaliser pour simplifier et faire baisser les coûts
La vente au réseau ne devrait se faire que selon les règles du marché.

Il est aussi capital de définir une politique conduisant à une baisse des prix, ce que ne réussissent pas à faire les techniques de subventions, celles ci conduisant généralement à une hausse correspondante des prix. Il faudrait sans doute revenir à des mécanismes d’appel d’offre lancée, par exemple, par les bailleurs sociaux, pour aboutir à des produits normalisés de qualité et bon marché.
 
 

(1) Nous donnons ici un calcul d’ordre de grandeur. Il est prévu que le tarif d’achat augmente chaque année. Ainsi il vaut actuellement, en septembre 2008, fixé à 57,187 €/MWh. Ce tarif est valable pour les installations intégrées au bâti (c’est évidemment toujours le cas pour les constructions neuves). Pour les installations posées il est de 31,193 €/MWh. Toutefois il est probable que, compte tenu de l’importante différence de rentabilité la proportion des installations posées diminuera rapidement. Il est également question de créer un tarif unifié aligné sur le tarif intégré. Dans notre calcul le fait que nous ayons retenu le prix d’achat pour les installations intégrées est largement compensé par le fait que nous ne tenons compte ni des cr& ! eacute ;dits d’impôt ni des subventions. Dans un calcul plus complet Patrick Jourde (voir sur notre site) arrive à un surcoût de 62,8 G€, à comparer à notre estimation de 65 G€.
 
(2) On peut, évidemment, utiliser la somme de 65 G€ de diverses manières. Ainsi, Patrick Jourde, un des pionniers du Photovoltaïque propose de maintenir l’équipement de 5,4 GWc de Photovoltaïque, mais avec seulement 12 G€ produisant 6 ,5 TWh, de 25 GW d’éolien produisant 23,5 TWh pour 20 G€, ce qui permettrait à la fois de respecter les objectifs proposés par le Grenelle de l’Environnement et de construire 10 EPR (120 TWh) pour 33 G€.


Thèmes

Politique Solaire

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commentaires
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par TSS (IP:xxx.xx0.146.50) le 2 octobre 2008 à 17H18

je me documente actuellement pour faire un toit en tuiles photovoltaïques mais ma philosophie est differente,je ne veux pas faire de contrat de 20 ans pour revendre à EDF mais au contraire me sortir de l’emprise d’EDF et être autonome quitte à faire des ajustements de consommation !!! car c’est cela le plus important être independant...

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(IP:xxx.xx8.156.203) le 2 octobre 2008 à 17H42

Recadrage intéressant. Mais il eût été plus pertinent avec un coût réel des EPR (gestion des déchets et démantèlement). Quoi que ce soit qui booste le solaire, même une erreur, me paraît judicieux.

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 2 octobre 2008 à 19H04

Les calculs d’amortissement sur 20 ans font pleurer. Ils peinent à mettre en évidence une quelconque rentabilité alors qu’ils oublient des charges que les propriétaires d’installations subiront obligatoirement. Remplacements de l’onduleur (orage, obsolescence, absence de pièces détachées,..) Surprime d’assurance pour garantir les panneaux en cas de grêle. Vieillissement des panneaux et chute des performances. Entretien. Vandalisme. En soi, le fait que le consommateur se fasse une nouvelle fois plumer n’est pas inquiétant. Les banques l’y ont habitué. Le fait que l’état et les collectivités majoritairement de gauche participent à ce délire avec des déductions fiscales et des aides et beaucoup plus contestable. Les sommes englouties aujourd’hui dans le solaire auraient été bien plus efficaces en terme d’économies d’énergie si elles avaient été placées dans la rénovation de l’habitat ancien le plus énergivore. Mais c’est moins fun et moins classe d’isoler ses combles ou d’installer une régulation performante que de mettre d’horribles capteurs sur son toit. Cela a le désavantage de s’amortir en un ou deux ans et de ne pas intéresser les copains de ceux qui décident des déductions fiscales.

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par Hieronymus (IP:xxx.xx9.152.172) le 2 octobre 2008 à 21H55

C’est bien d’expliquer les termes EPR par exemple, c’est un reacteur nucleaire ?

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par autrenet (IP:xxx.xx7.240.221) le 2 octobre 2008 à 21H56

L’important ce n’est pas la rentabilité mais la fonctionnalité. Il faut vraiment devenir autonome énergétiquement. Plus il y aura de solaire moins il y aura de nucléaire.

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par osoleil (IP:xxx.xx9.238.82) le 2 octobre 2008 à 21H57

Bonsoir

En tant qu’installateur de systèmes solaire, bois qualifié qualisol.qualipv. qualibois. je suis devenus très méfiant vis a vis du système d’aide pour le pv qui n’est souvent en fait utilisé que pour faire un "placement financier". Est a ça que doit servir les impôts et autre aides ? :-( Ne devrions nous pas mettre le paquet sur l’isolation, les performances des systèmes existants, l’encouragement pour les chauffe-eau solaire qui sont a mon sens un grand pas vers les économies d’énergies classique et aussi l’évolution des mentalités.

Vendre aujourd’hui un système photovoltaïque pour un petit artisan pourtant qualifié et proche de ses client et devenu quasiment impossible au vu de la concurrence du "marketing" mise en place par les groupes industriels et financier.

Que dire des campagnes de pub et du formatage des habitudes de consommations d’électricité comme si cette ressource était un droit dans notre société. Le partage des ressources dans tout les domaines au niveau planétaire va de pair avec une prise de conscience et a une éducation de consommateurs Intlligent.

Aujourd’hui la démonstration des limites de notre monde est faite (finances/pauvreté, catastrophes, pollution etc...)

Resterons nous longtemps la tête dans le sable alors que par notre comportement nous épuisons les ressources et du fait des inégalités que cela engendre (boat-people depuis l’Afrique ...) nous aiguisons les instincts les plus sombres ?

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(IP:xxx.xx3.100.172) le 3 octobre 2008 à 23H32

Si vous consommez vous même votre courant PV pas de pb. évidemment. Si vous le vendez à EDF vous faites une bonne affaire tout à fait légale. Ce que je mets en cause c’est le système et pas les particuliers qui profitent d’une occasion qui leur est donnée.

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(IP:xxx.xx3.100.172) le 3 octobre 2008 à 23H41

Faire n’importe quoi c’est construire un bulle dont l’explosion donnera un coup fatal à un secteur industriel qui ne mérite pas cela. Il vaudrait mieux investir un peu dans l’installation de systèmes PV dans des villages non reliés à un réseau électrique (1 milliard d’hommes). Le solaire avec batteries est alors une opération rapidement amorties par les économies faites sur les carburants servant alimenter des groupes électrogènes, du kérosène etc. Un tel projet a été proposé par Jourde et Birraux

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(IP:xxx.xx3.100.172) le 3 octobre 2008 à 23H48

Tout à fait d’accord pour l’encouragement au solaire thermique et l’isolation bien sûr. Il faut toutefois faire attention aux subventions. En Allemagne le solaire PV est deux fois moins cher qu’en France parce qu’il n’y a pas de crédit d’impôt ni subventions. Mais le solaire thermique reste encore cher. Alors que faire ? On pourrait envisager que les collectivités publiques lancent des appels d’offre pour inciter à une baisse des coûts et à une normalisation.

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par Nifenecker (IP:xxx.xx3.100.172) le 6 octobre 2008 à 11H00

Je précise que cet article a été écrit en collaboration avec Patrick Jourde, un des pionniers du PV français et qu’il reprend un communiqué de "Sauvons le Climat" http://www.sauvonsleclimat.org


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